par Paul Giudicelli

UNE FONTE IRRÉMÉDIABLE ?

Les rapports alarmant sur la fonte des glaces s’enchaînent depuis plusieurs années sans pour autant réussir à alerter l’opinion publique. Or, en se basant sur l’évolution de plus de 200 glaciers du Groenland ces quarante dernières années, des chercheurs de l’Université d’Ohio State ont déclaré que la fonte de la calotte glaciaire du Groenland était désormais irréversible.

En quoi la fonte des glaciers représente-t-elle un défi majeur du XXIème siècle ?

RETOUR SUR L’UNE DES PLUS IMPORTANTES CONSEQUENCES DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

L’ÉVOLUTION DE LA FONTE EN 5 DATES

  • 1970 : Dans les années 1970, le Groenland a gagné 47 milliards de tonnes de glace par ans en moyenne.
  • 1990 : 20 ans après, les pertes s’élèvent à environ 41 milliards de tonnes par an en moyenne.
  • 2000 : 187 milliards de pertes par an, soit 4,5 fois le résultat des années 1990.
  • 2019 532 milliards de tonnes de glace ont fondu durant l’année 2019.
  • 2019 : Deuxième année la plus chaude en Arctique depuis 1900, le réchauffement y est 2 fois plus rapide.

UNE RÉGÉNÉRATION DE LA GLACE TROP FAIBLE

Jusque dans les années 2000, la perte de masse du glacier groenlandais n’était pas inquiétante. Cependant elle s’est accélérée, on observe désormais la fonte “traditionnelle” mais aussi celle due au réchauffement climatique. Aujourd’hui, il fond en moyenne 14% de glace en plus que sur la période 1985-1999. Le rythme de régénération de la glace est beaucoup plus faible que la fonte.

La fonte des glaces n’est pas seulement une conséquence du réchauffement climatique, elle est aussi elle-même un facteur de ce réchauffement par un cercle vicieux.

L’EFFET BOULE DE NEIGE

Avec le réchauffement climatique, le pergélisol (sol gelé en permanence) est en train de fondre. Il va intensifier le réchauffement, et également libérer d’importantes quantités de mercure, un puissant neurotoxique dont l’arctique est le plus gros réservoir de la planète.

Un autre élément intensifie le réchauffement. La glace, de couleur blanche, réfléchit mieux les rayons du soleil que l’eau et offre une meilleure isolation. Or, si la neige et les banquises fondent, la mer ou le sol sous le pergélisol absorbera cette chaleur et le réchauffement initial s’en trouvera amplifié.

DES PHÉNOMÈNES MÉTÉO DE PLUS EN PLUS EXTRÊMES

Les eaux issues de la fonte des calottes glaciaires seraient la cause directe de l’affaiblissement des courants océaniques. Ces mêmes courants jouent un rôle primordial dans la régulation du climat : ils constituent une sorte de tapis roulant qui permet de ne pas atteindre des températures extrêmes. Pourtant, c’est vers cela que nous nous dirigeons. Des régions comme l’Amérique Centrale pourraient voir leur température augmenter tandis qu’elle baisserait en Europe de l’Ouest.

Les marées et tempêtes exceptionnelles devraient se produire de plus en plus souvent alors qu’il n’y en avait qu’une fois tous les cent ans auparavant. Quant aux cyclones, ils ne devraient pas voir leur fréquence augmenter, seulement leur intensité !

MONTÉE DES EAUX ET ACIDIFICATION

Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), à l’horizon 2100 ; l’élévation du niveau des océans pourrait atteindre 43 centimètres avec des températures moyennes supérieures de 2°C, contre 84 centimètres si les températures augmentent de 3 à 4°C. Des estimations pour 2300 établissent, un niveau de la mer en augmentation de 5 mètres, sauf en cas de respect de l’accord de Paris où celle-ci stagnerait entre 30 et 60 cm.

D’autre part, l’acidification des océans par le rejet de CO2 a un impact très négatif sur la faune et la flore marine. Notamment la reproduction des poissons : ce qui pourrait faire baisser de 20 à 24 % la prise de poissons d’ici la fin du siècle, comparé à la période 1896-2005.

VERS UNE HAUSSE DES MIGRATIONS

En vue de cette future montée des eaux, il est naturel de se demander ce que seront les évolutions migratoires des peuples à risque. 680 millions de personnes vivent actuellement dans des zones côtières basses et ce chiffre devrait grimper à 1 milliard à l’horizon 2050.

De nouveaux risques sont donc à prendre en compte dans ces zones au vu de la montée des eaux. Selon une étude, au moins 300 millions de personnes dans le monde seront affectées par des inondations marines permanentes ou temporaires (Hong-Kong, New H York…etc). La Banque Mondiale estime à 148 millions le nombre de réfugiés climatiques pour 2050. De plus, une augmentation des inondations et submersions marines pourrait provoquer une contamination de l’eau potable, principalement dans les îles.

OÙ EN EST-ON ?

Les gaz à effet de serre, dont le principal est le dioxyde de carbone (CO2), sont une des causes principales du réchauffement climatique. Le problème est qu’il ne suffit pas (ou plus) d’arrêter de produire des gaz à effet de serre pour que le réchauffement de la planète cesse. En effet, dans le meilleur des cas, cela ralentira sa progression ou permettra sa stagnation.

Nous connaissons tous les moyens permettant de ralentir nos émissions, soit en diminuant notre énergie, soit en augmentant notre efficacité énergétique en réduisant notre consommation d’eau, d’électricité etc… Malgré les recommandations de l’ONU, la communauté internationale ne semble pas actuellement être en capacité de s’unir afin de réagir.

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