LE VÉRITABLE COÛT DE LA MODE À PETITS PRIX ?

Depuis plusieurs mois, le monde entier se mobilise pour les Ouïghours, une minorité musulmane de Chine, enfermée dans des camps de rééducation » par le régime de Xi Jinping. Pire encore, des enquêtes approfondies ont montré que des multinationales de premier plan, et notamment dans le prêt-à-porter, auraient bénéficié du travail forcé de cette communauté. Ainsi, le débat environnemental et social autour de la Fast Fashion est de nouveau lancé.

En quoi l’industrie du prêt-à-porter, la Fast Fashion, représente-elle un danger pour les enjeux du développement durable ?

RETOUR SUR LES SECRETS DE L’UNE DES INDUSTRIES LES PLUS POLLUANTES ET PRÉCAIRES AU MONDE

DE QUOI PARLE-T-ON?

FAST FASHION (nom féminin)

C’est un segment de l’industrie vestimentaire qui se caractérise par le renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente, jusqu’à 52 fois dans l’année. Ces vêtements sont destinés à être portés pendant une courte période, et à être vendus à un coût suffisamment bas pour que la clientèle soit fortement incitée à renouveler très fréquemment sa garde-robe.

Ce mode de production est foncièrement contraire à la notion de développement durable, respectueuse de l’environnement, du renouvellement des ressources, mais également protectrice d’un développement socialement équitable.

UNE VÉRITABLE PERSÉCUTION GÉNOCIDAIRE EN CHINE

Les faits en question pourraient constituer le plus grand crime contre l’humanité du XXIème siècle. Depuis 2017, plus de 11 millions de Ouïghours sont soumis à une persécution de type génocidaire : détention massive dans des camps, séparation des familles, accaparement de terres, stérilisations, contrôle des naissances, éradication de la langue, de la culture, et un travail forcé de grande envergure.

Il s’agit avant tout d’une campagne politique, qui vise à faire taire tout ce qui pourrait s’apparenter pour le régime à une opposition ou une opinion contraire. Les minorités sont constamment surveillées, épiées, et ce jusqu’à la collecte des données biométriques. Mais ce n’est pas tout.

LA CONSTRUCTION D’UN MODÈLE ÉCONOMIQUE

La région du Xinjiang, où se situent les camps, n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit d’une plaque tournante : elle est située stratégiquement au cœur des Nouvelles Routes de la Soie (aussi appelées Belt and Road Initiative). Ce réseau de voies ferroviaires et maritimes relie tout le continent Eurasiatique. Il est devenu le centre commercial et industriel de la Chine, et en tête de liste se trouvent les industries textiles.

Environ 1 vêtement sur 5 vendu à travers le monde contient du coton ou du fil venu de la région. Avec la mise en place du travail forcé des Ouighours dans le secteur agricole, environ 80% du coton chinois est désormais originaire du Xinjiang, soit 20% de la production mondiale. Il s’agit là de la création d’un véritable modèle économique : devenir le plus grand centre d’industrie textile au monde. À cette échelle, toutes les grandes marques d’habillement qui vendent des produits en coton sont potentiellement impliqués.

UNE CATASTROPHE POUR LA PLANÈTE

Tout ce système est une catastrophe pour l’ensemble des enjeux liés au développement durable. Écologiquement parlant, il est important de noter que les Nouvelles Routes de la Soie ont permis un afflux incessant de transporteurs, et sont pointées du doigt par des ONG protectrices de l’environnement depuis leur création en 2013.

Selon une étude de 2019 du Tsinghua Center for Finance & Development, on estime qu’il faudrait réduire l’empreinte carbone de ce réseau de 68% pour rester dans la limite prévue par les accords de Paris, qui visaient la limitation du réchauffement climatique de la planète à 2°C. L’apport depuis 2017 de cette nouvelle « main d’œuvre » forcée n’a fait qu’empirer le bilan, puisque la production a augmenté en vitesse et en volume.

VERS UNE REMISE EN QUESTION DE L’INDUSTRIE ?

Pire encore, il s’avère que le problème est bien plus large c’est toute l’industrie du prêt-à-porter qui représente une menace pour l’environnement. Les stratégies des grandes marques de Fast Fashion poussent le consommateur à acheter toujours plus. Ainsi, la quantité de vêtements achetés dans l’UE a augmenté de 40% entre 1996 et 2012.

Et puisque la demande augmente, la production aussi. Or, il faut par exemple environ 7 500 litres d’eau pour fabriquer un jean. C’est la consommation d’un être humain sur sept ans. Au fil des 24 collections sorties par l’entreprise Zara chaque année, combien de jeans sont produits ? L’utilisation du polyester, un matériau plastique fabriqué à base de pétrole, de teintures, de pesticides et le gaspillage provoqué par la Fast Fashion construisent un bilan écologique terrible.

LE COÛT MACABRE DU PRET-A-PORTER

Et puisque le développement durable inclut également des notions de protection des Droits de l’Homme et d’égalité sociale, on peut définitivement dire que l’industrie textile est son plus grand ennemi. L’exploitation de populations défavorisées ne peut qu’être connue du grand publique depuis la tragédie de Rana Plaza, le 24 avril 2013.

À Dacca, au Bangladesh, une usine textile fournissant des marques bien connues en France, comme Primark ou Mango, s’est effondrée. Au moins 1130 personnes ont péri. La vétusté du bâtiment avait été signalée de nombreuses fois par les travailleurs, mais la recherche du prix de vente le plus bas des entreprises de Fast Fashion pousse les dirigeants de ces usines à faire des économies. Souvent, c’est ainsi la sécurité sanitaire et l’entretien des locaux qui sont sacrifiés. Cette tragédie illustre l’horreur humanitaire que représente ce système.

QUELLES SONT LES SOLUTIONS POSSIBLES ?

En août 2019, une trentaine de grandes entreprises ont présenté le « Fashion Pact », une coalition historique réunissant des acteurs de l’habillement. Ils annoncent vouloir atteindre les zéros émissions en 2050, et passer à 100% d’énergies renouvelables dans leur chaîne d’approvisionnement d’ici 2030. Pourtant, parmi les signataires se trouvent des marques comme Nike ou Adidas, qui se retrouvent impliquées un an plus tard dans l’affaire des Ouighours. Alors, ce n’était qu’un coup de communication ?

Les citoyens peuvent eux aussi passer à l’action, en cessant d’acheter frénétiquement à petit prix, en privilégiant les marques responsables, la seconde main ou en informant les autres, en magasin ou sur les réseaux sociaux. Des initiatives y sont prises par des ONG ou hommes politiques, à l’image de Raphael Glucksmann.

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