C’EST QUOI ?
La lutte contre le terrorisme est une priorité internationale. La France, comme beaucoup de ses alliés, est soucieuse de cette question. Ceci les pousse à agir au-delà de leurs frontières nationales. Dans ce même élan, l’opération Barkhane est une opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’armée française, avec une aide secondaire d’armées alliées. Elle vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la zone. Le Sahel est une vaste région africaine semi-aride séparant le désert du Sahara au nord et les savanes tropicales au sud. Elle est souvent touchée par des conflits.
L’opération Barkhane est lancée le 1er août 2014, et fait suite à d’autres actions dans la région, dont les opérations Serval au Mali, déclenchée en janvier 2013 et l’Épervier au Tchad, déclenché début février 1986. L’opération Barkhane mobilise aujourd’hui plusieurs milliers de soldats, contre des centaines de salafistes djihadistes.
L’intervention de la France dans la lutte contre le terrorisme au-delà de ces frontières nationaux est-elle toujours la meilleure solution ?
DÉCRYPTAGE D’UNE OPÉRATION CONTROVERSÉE
QUELLE PRÉSENCE FRANÇAISE DANS LA RÉGION ?
L’opération Barkhane attire de près la presse nationale, dans la mesure où c’est le plus important déploiement humain et matériel français en opération extérieure. Les effectifs engagés n’ont pas cessé d’augmenter depuis le début de l’opération. Au commencement, seuls 3 000 militaires français étaient engagés. On passe à 4 500 hommes en 2018, et jusqu’à 5 100 mobilisés en février 2020.
Cette croissance d’effectifs humains est aussi valable sur le plan matériel. En effet, de plus en plus d’avions de chasse, blindés, véhicules logistiques, hélicoptères, ou avions de transport ont été déployés dans la région depuis le début de l’opération.
Au-delà de l’apport humain et matériel, Barkhane engage un réel coût pour la France.
LA FRANCE SEULE DANS L’OPÉRATION BARKHANE ?
L’opération s’inscrit dans une logique de partenariat avec cinq pays de la région Autrement dit, la France s’appuie sur le soutien de quelques pays locaux. L’objectif final est de faire en sorte que les Etats partenaires puissent, à terme, assurer leur propre sécurité, prendre le relais via ce qu’on appelle le G5 Sahel, qui dispose désormais d’une force propre.
Ainsi, le G5S, créé en février 2014 par cinq États du Sahel dont la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, s’inscrit dans une forte tradition d’intégration régionale en matière de développement économique et de lutte contre le terrorisme. Cette organisation est créée pour remplacer à terme l’opération Barkhane menée par la France. Outre le soutien local dans la lutte contre le terrorisme, la France se fonde aussi sur des alliés internationaux tel que le Danemark ou encore le Royaume-Uni.
LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME SEULE INTÉRÊT POUR LA FRANCE ?
La France depuis le début de son intervention sur le territoire dit avoir comme seule but de combattre le terrorisme. François Hollande a même assuré que « La France ne défend aucun intérêt particulier ».
Cependant, d’une part, l’une des grandes entreprises françaises Areva devenues Orano spécialisée dans les métiers du combustible nucléaire, s’alimente en uranium au Niger. D’autre part, de plus en plus de grandes puissances investissent dans région notamment pour la richesse en matière première tel que la Chine. Par conséquent, la France doit imposer sa présence face aux nouvelles grandes puissances qui investissent dans la région pour pouvoir maintenir ses relations diplomatiques ainsi que son alimentation énergétique. La présence de pétrole dans la région, accompagné d’une capacité des états locaux à son exploitation, a aussi donné une large importance à la région.
Ces deux points conduisent nécessairement et inévitablement à s’interroger sur la réalité de la motivation de l’intervention française dans la région.
UNE INEFFICACITÉ FONDÉE ?
De manière générale, trois raisons sont données pour expliquer l’inefficacité de l’opération, aussi bien par la presse que par les opposants au maintien de l’opération dans la région.
Tout d’abord, il y a l’impossibilité pour des démocraties de gagner des guerres asymétriques. Une guerre asymétrique est une guerre qui oppose la force armée d’un État à des combattants matériellement pauvres, qui se servent des points faibles de l’adversaire pour parvenir à leur but souvent politique ou religieux. Les djihadistes sont camouflés parmi la population civile, et il est donc très difficile de les repérer de manière claire.
Ensuite, l’étendue de l’opération conduit à d’amples critiques. Le Sahel comprend plusieurs pays, et s’étend de ce fait sur un périmètre très large, ce qui pose de réel problème de gestion sur le terrain.
Enfin, la durée de l’opération pose la question de son efficacité puisqu’à l’origine, Barkhane n’est théoriquement, qu’un appui aux acteurs sahéliens, dont les armées sont déclarées « menant le combat ». Une implantation encore importante après 8 ans conduit l’opinion publique à se poser des questions.
UNE REMISE EN CAUSE DE SON EFFICACITÉ DANS LA RÉGION
Huit ans après le déclenchement de l’intervention militaire française, le bilan de la force Barkhane est très mitigé aux yeux de population. Si l’arrivée des soldats a été saluée en 2013 dans la région, aujourd’hui, de plus en plus de populations, dont les Maliens, souhaitent le départ des forces françaises.
Pour la population locale, le conflit, qui a fait beaucoup de pertes humaines, n’est pas près de s’arrêter avec la guerre ou l’intervention de l’armée française. Pour la plupart des maliens, il existe une nécessité de dialoguer avec les groupes armés pour trouver une solution pérenne à la crise. Ils ont déjà exprimé en 2019 leur volonté de négocier avec les terroristes lors du dialogue national inclusif. La France s’y est toujours opposée.
UNE BAVURE AVÉRÉE SUR LE TERRAIN ?
La durée de l’opération conduit inévitablement à des tensions entre les troupes non-nationales et les pays qui les accueillent. Des questions de bavures du côté des populations locales sont soulevées.
Cela a notamment été le cas au Mali le dimanche 3 janvier 2021 près de Douentza, après le lancer de frappe par les troupes française qui a conduit à la mort d’une vingtaine de personnes. Alors que l’armée française affirme avoir visé un regroupement de jihadistes, la population ainsi qu’une association locale dénonce le bombardement aérien d’un rassemblement de civils, en marge d’un mariage.
Le comportement des individus, leur équipement et le recoupement du renseignement « excluent autre chose qu’un rassemblement jihadiste comme Barkhane en frappe régulièrement », a insisté l’état-major des armées. « Il ne peut y avoir de doute et d’ambiguïté : il n’y avait pas de mariage », a assuré un responsable militaire français, cité par l’AFP.
18 ANS APRÈS, RÉUSSITE OU ÉCHEC, QUE FAUT-IL EN RETENIR ?
La suite de la lutte contre les djihadistes au Sahel est impossible à prédire et le gouvernement français ne peut assumer une guerre sans fin devant l’opinion publique pessimiste.
Ainsi, le président de la République prend en considération le nombre de pertes militaires, qui est de 55, pour annoncer un « ajustement » des troupes au Sahel le mardi 19 janvier 2021 à Brest. En effet, alors que des voix de plus en plus nombreuses s’interrogent en France sur la poursuite de l’opération Barkhane, le chef de l’État a évoqué un possible « redimensionnement » des troupes françaises sur place en affirmant que d’ores et déjà « les résultats sont là ».
Toutefois, il n’est pas encore question d’un retrait total des troupes, Jusqu’à quand durera cette situation ?