À l’occasion du 8 mars, Emmanuel Macron s’est exclamé : « La grande cause de mon nouveau quinquennat, si je suis réélu, sera l’égalité femmes-hommes, encore ! » Alors que la lutte contre les violences faites aux femmes était la « grande cause » du quinquennat précédent, les associations féministes rient jaunes. « Des annonces ont été faites par Emmanuel Macron, mais les faits sont toujours aussi dramatiques », regrette Célia, du comité de pilotage de #NousToutes, pour Basta !. Si le candidat est crédité de plus de 25% d’intentions de vote dans les derniers sondages, que pourrait-on attendre de cette déclaration  ? Quel bilan pour le président des années #Metoo ?

Quels moyens ont été mis en place ?

« Un milliard contre les violences sexistes et sexuelles ! » Dans la rue, les collectifs féministes demandent un effort budgétaire. Un milliard d’euros, c’est le budget que le gouvernement espagnol accorde à la cause. C’est aussi le budget recommandé par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pourtant, les efforts français sont jugés timides. Depuis 2017, le budget alloué au secrétariat d’État, puis au ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes, est passé de 22,3 millions à 41,5 millions d’euros. Il a donc doublé, mais reste loin des attentes. Pour l’année 2022, le gouvernement affirme vouloir continuer son effort en proposant une enveloppe de 50,6 millions d’euros

En matière législative, les dispositifs ont été renforcés. C’est l’un des points les plus salués par les associations : quatre grandes lois ont marqué le quinquennat. En 2018, la loi renforçant l’action contre les violences sexistes et sexuelles permet de toucher à l’épineuse question de la prescription. Le délai de prescription concernant les crimes commis sur mineurs passe de 20 à 30 ans. La loi permet aussi la création d’une nouvelle infraction pour outrage sexiste, destiné à réprimer le harcèlement de rue. En 2019, la loi de programmation et de réforme de la justice est adoptée, créant notamment la possibilité de déposer une préplainte en ligne. Elle est suivie de la loi visant à agir contre les violences au sein de la famille, permettant en particulier la création du dispositif du bracelet anti-rapprochement, afin de tenir l’auteur de violences à distance. Finalement, en 2020, la loi visant à protéger les victimes de violences conjugales met en place la reconnaissance du « suicide forcé » pour les personnes victimes d’harcèlement ou de violences répétées au sein du foyer. Elle permet aussi la levée du secret médical lorsqu’un praticien juge qu’une personne est en danger chez elle. 

Ce dispositif législatif est renforcé par des outils mis à disposition des victimes. Le 3919, numéro d’écoute gratuit et anonyme créé en 1992, a été étendu à l’ensemble du territoire. Le téléphone « grave danger » connaît également un développement. Ce téléphone muni d’une touche permettant d’alerter un service d’assistance en cas de danger existe depuis 2009, mais est déployé en masse depuis 5 ans. La plateforme arretonslesviolences.gouv.fr a par ailleurs été lancée en 2018. Par ailleurs, plus de 2 700 places ont été créées pour les femmes victimes de violences conjugales. 1 000 places supplémentaires sont annoncées pour 2022. 

La question de la formation des policiers et gendarmes est devenue symbolique. En 2021, 113 féminicides ont été recensés en France. Parmi ces tragédies, des affaires retentissantes ont remis en question l’efficacité du dispositif policier. C’est le cas de l’assassinat de Chahinez Daoud, brûlée vive en pleine rue à Mérignac par son ex-mari. Deux rapports de l’IGPN ont alors confirmé des défaillances, et aboutit à la suspension provisoire de deux policiers. Depuis 2019, le gouvernement affirme que les gendarmes ont le droit à 10 heures de formation sur le sujet. 12 heures pour les policiers. Selon les chiffres officiels, 88 200 policiers et gendarmes ont reçu une formation depuis le début du quinquennat. 

Pour quels résultats ? 

À la lecture de ces avancées, l’action du gouvernement semble avoir été relativement efficace. Pourtant, les résultats restent contrastés. Selon l’INSEE, le nombre de viols et violences sexuelles enregistrées a augmenté de 60 % en France en depuis 2017. Pourtant, le nombre de condamnations pour viols a diminué. En 2017, on recensait 1055 condamnations, contre 732 en 2020. De plus, le rapport de l’INSEE souligne le rôle fondamental du mouvement #Metoo dans la libération de la parole : « Ces augmentations s’inscrivent dans un contexte de forte médiatisation du mouvement international #MeToo visant à libérer la parole des victimes et à les inciter à porter plainte. Ce mouvement, intensifié par l’affaire Weinstein révélée en octobre 2017, a connu un écho dans les différents États membres avec un retentissement parfois amplifié par certains événements nationaux : nuit du Nouvel An 2016 en Allemagne, collectif « Yo sí te creo » en Espagne, etc. » Un mouvement de libération de la parole voit bien le jour sous le quinquennat Macron. Mais, c’est la mobilisation féministe à l’issue du #Metoo qui pousse le gouvernement à l’action, et non l’inverse. 

De plus, les outils mis en place par le gouvernement sont parfois jugés défaillants. Dans le rapport Où est l’argent pour l’hébergement des femmes victimes de violence, la fondation des femmes juge le nombre de places d’hébergement annoncé insuffisant : « Pour répondre pleinement aux besoins, le nombre de places devrait être multiplié de trois à cinq fois. » L’outrage sexiste créé en 2018 reste, quant à lui, une infraction marginale. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 2 600 infractions d’outrages sexistes ont été enregistrées en 2 ans. Le nombre d’ordonnances de protection a certes augmenté de 78% depuis 2018, mais reste faible. On enregistre en France 3 320 ordonnances accordées en 2020, contre 28 682 en Espagne. Alors qu’un millier de bracelets antirapprochement sont disponibles depuis 2021, seuls 676 d’entre eux étaient attribués en novembre dernier. Enfin, sur les 600 commissariats existant en France, seuls 276 sont munis d’une brigade de protection de la famille. 

Selon le collectif féministe #NousToutes, en 2021 la part des femmes estimant avoir été mal accueillies lors d’un dépôt de plainte restait de 66%. Dans le même temps, le nombre de féminicides recensés chaque année reste symboliquement au-dessus de la barre des 100, et ce, depuis plus de 10 ans. 

Une communication jugée contradictoire

Le 7 mars, l’association Osez le féminisme publiait son « féministomètre », dans lequel elle classe les candidats à la présidentielle du plus féministe au plus misogyne. Emmanuel Macron y est taxé de « Feminist Washing ». L’association l’accuse d’afficher un féminisme de façade, bien plus dédié à la communication qu’à la lutte véritable contre les violences faites aux femmes. 

La nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’Intérieur lui est reproché depuis plusieurs années. Ce dernier est accusé de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance par Sophie Patterson-Spatz, une ancienne militante de l’UMP, pour des faits datant de 2009. Si le parquet a requis un non-lieu en janvier dernier, la plaignante avoue une « amère-déception ». Dans les cortèges des manifestations féministes, les pancartes affichent leur colère face à sa nomination. Le Président est accusé de ne pas prendre au sérieux les accusations d’agression sexuelles envers ses ministres ou ex-ministres. Le 25 novembre dernier, plusieurs femmes accusent l’ancien ministre de la Transition Écologique, Nicolas Hulot, de faits similaires. Plusieurs semaines plus tard, Emmanuel Macron confiait sa position : « La position du gouvernement sur ce sujet est constante. Nous n’accepterons jamais une société de l’opacité ou de la complaisance. Et nous ne voulons pas non plus d’une société de l’inquisition. » Une déclaration jugée décevante par les associations féministes, qui attendaient plus de fermeté de sa part.

Une manifestante en colère face à la nomination de Gérald Darmanin. Sarah Krakovitch pour OhParleur!

Ce 8 mars, les femmes défilaient une nouvelle fois dans toute la France pour revendiquer leurs droits. Sarah Krakovitch et Audrey Guettier ont couvert les cortèges à Paris pour OhParleur!. Sur place, les manifestantes restent mitigées sur les avancées du gouvernement. Jeannine, Simone et Marie-Laure, anciennes employées de banques, confiaient alors : « Ce n’est toujours pas résolu. C’est pour cela qu’on manifeste, pour nos filles ». Un constat partagé par l’Ancienne Secrétaire d’État au droit à l’égalité femme-homme, Marlenne Schiappa : « C’est un combat de longue haleine, et sur lequel il y a urgence. Le World Economic Forum a calculé que si on ne fait rien de plus que ce que l’on fait déjà, on atteindra l’égalité économique femme-homme en l’an 2234. Donc, oui, il y a urgence à prendre des mesures encore plus fortes. » Au micro de France Info, Clément Viktorovitch s’amuse alors : « Tout n’est pas un échec. En revanche, on pourrait souhaiter que les mots gardent leur sens. Une grande cause du quinquennat est censée porter ses fruits lors du quinquennat, sinon c’est qu’elle a échoué. Ou alors, c’est qu’elle est autre chose. Au mieux, une simple priorité dans l’action publique. Au pire, de la pure communication politique. » 

Alors que la course à l’Élysée bat son plein, jamais autant de femmes n’avaient été candidates à l’élection présidentielle. Face à son bilan, Emmanuel Macron devra ainsi faire ses preuves aux yeux des électrices et électeurs. Et ce, avant le 10 avril.

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