Les sanctions pleuvent
Sur la guerre en Ukraine, le monde du sport a été d’une sévérité exemplaire en faisant foisonner les sanctions sportives envers la Russie, plus lourdes les unes que les autres. Les russes ont d’abord été privés de Jeux Paralympiques à Pékin, les clubs russes de football ont été exclus des coupes d’Europe et la sélection suspendue du mondial au Qatar. Les événements sportifs qui devaient avoir lieu sur le sol russe, dont le mondial de volley-ball et la finale de la Ligue des Champions, ont été délocalisés. De manière symbolique, Vladimir Poutine a été déchu de son rôle de président d’honneur et ambassadeur de la fédération internationale de judo. Des accords de sponsoring ont aussi été rendus caducs : Gazprom, principal sponsor de la Ligue des Champions, a été retiré de tous les spots publicitaires de la compétition.
Toutes ces mesures, non exhaustives, mettent les russes au ban de la vie sportive internationale. Elles sont inédites par leur direction consensuelle, mais surtout par une prise de position tranchée de la part des grandes fédérations sportives, notamment de la part de la FIFA, peu coutumière du fait.
Le monde du sport s’engage
La fédération internationale de football ne prend jamais position dans les conflits armés. Hormis des campagnes de sensibilisation, parfois un peu lisses, la FIFA a rarement assumé sa force de frappe géopolitique. Prendre position est aussi le risque d’ouvrir une boîte de pandore, qui pourrait être difficile à refermer. Comme le souligne un article apparu du SoFoot, le 7 mars 2022, condamner l’invasion russe les obligent à faire de même pour tous les futurs événements de ce genre.
“ Que se passerait-il si les USA renouvelaient une intervention dans leur pré carré sud-américain (rappelons-nous Panama en 1989). De même si la Chine appliquait ses menaces d’annexion de Taïwan ? Et au-delà des débordements impérialistes des grandes puissances, que dire de la Palestine, des Ouïghours, du Yémen… Où sera placé le curseur, le point de bascule désormais ?”
SoFoot, 7 mars 2022
Du côté des sportifs et sportives, les déclarations plus ou moins engagées sur le conflit ont été monnaie courante ces dernières semaines. Côté pro-russe, le gymnaste Ivan Kuliak a été la cible de sanctions disciplinaires, après avoir arboré un Z, symbole d’adhérence au régime russe, sur son justaucorps lors de l’étape de Doha, au Qatar. De nombreux autres athlètes russes ont adopté une position plus consensuelle, appelant à la paix : c’est le cas de l’éphémère numéro un mondial de tennis, Daniil Medvedev. Le tennisman a déclaré sur son compte Instagram (post retiré depuis) : “En tant que joueur de tennis, je veux promouvoir la paix dans le monde entier”. Son compère, Andrey Rublev a écrit “No war please” sur une caméra, à Dubaï.
Côté ukrainien, des sportifs et anciens sportifs ont pris les armes pour défendre leur pays. Parmi eux, l’ancien champion du monde poids-lourds Wladimir Klitschko. La danseuse russe, Olga Smirnova, a quitté la Bolchoï, prestigieuse scène de ballet de russe, en contestation de la politique du Kremlin.
Quel rôle pour le sport ?
Cette décision collégiale du monde sportif de condamner, même symboliquement, la Russie amène à réfléchir sérieusement sur ce que doit représenter le sport sur l’échiquier géopolitique international. Les deux plus puissantes confédérations internationales, la FIFA et le Comité international olympique (CIO), peuvent désormais difficilement se cacher et regarder ailleurs au moment où des atrocités se commettent de par le monde. Pascal Boniface, géopolitologue dans le sport fait remarquer très justement, que la FIFA et le CIO sont les organisations qui accueillent le plus d’adhérents nationaux au monde, plus encore que l’ONU. L’ONU compte 193 membres, la FIFA 212, et 205 pays ont participé aux JO 2021.
“Aujourd’hui, la Fifa et le CIO ont plus de membres que l’ONU. Ils réussissent tous les deux à faire cohabiter la Chine, Taïwan, Israël et la Palestine, ce que l’organisation mondiale n’est pas en mesure de faire.”
Pascal Boniface, pour la revue défense nationale, en 2017
Le sport n’arrête peut-être pas les guerres, mais il est capable de rebattre les cartes, en se montrant un outil de soft power à faire valoir. Mésestimer le pouvoir politique du sport serait omettre, par exemple, que celui-ci a relancé des relations diplomatiques gelées entre la Chine et les USA, à travers la diplomatie ping-pong au début des années 1970. Le tournoi qui avait eu lieu au Japon avait permis aux diplomates chinois et américains de se rencontrer, pour la première fois de manière officielle. Pour le pouvoir chinois, le sport est partie intégrante de la diplomatie, le slogan “l’amitié d’abord, la compétition après” en témoigne.
Les athlètes sont des vedettes adulées, plus encore à l’ère des réseaux sociaux. Leurs messages peuvent devenir viraux, lus par des dizaines de millions de personnes. La neutralité ou l’implication du sport et des sportifs est un vif débat, l’équilibre est difficile à trouver. Est-ce que le sport doit rester un sanctuaire, une exception camisolée des rivalités internationales ? Ou bien doit-il assumer pleinement son rôle d’intermédiaire dans les relations entre États ?
La Russie, esseulée, va avoir du mal à relancer sa politique sportive, déjà souillée par de multiples scandales de dopage, ces dernières années. Le sport est ici un moyen de pression diplomatique, mais pourrait être aussi un terrain de renouement des relations comme la Chine et les USA, à une certaine époque.