par Rayan Berangui
LE QUINQUENNAT DU MÉPRIS ?
Le 6 juillet dernier, Gérald Darmanin est nommé ministre de l’intérieur au sein du gouvernement de Jean Castex.
Il est pourtant accusé de viol par Sophie Patterson -Spatz, une ancienne collaboratrice de l’UMP, et fait l’objet d’une enquête judiciaire.
Au-delà du fondement légal, est-ce politiquement moral ?
RETOUR SUR UN SCANDAL D’ÉTAT.
UNE ERREUR DE CASTING ?
Alors que l’opinion publique a les yeux rivés sur l’entrée du ténor du barreau Éric Dupont-Moretti au ministère de la justice et de Roselyne Bachelof à la culture, la nomination de Gérald Darmanin, ancien ministre des comptes publiques, passe initialement inaperçue aux yeux des médias.
L’Elysée, silencieuse dans un premier temps, assure toutefois que ni l’accusation ni l’instruction judiciaire ne font obstacle à cette nomination. Elle serait donc parfaitement légale aux yeux de l’Etat.
Peu de temps après, des manifestations sont organisées d’abord à Paris puis dans le reste de la France pour s’y opposer.
DE QUOI ON PARLE ?
L’affaire date de 2009 : Sophie Patterson-Spatz, une sympathisante de l’UMP, demande au parti de l’aide quant à une affaire judiciaire à laquelle était mêlé son ex-compagnon. Gérald Darmanin, alors conseiller municipal, conditionne son aide échange de faveurs sexuelles.
Une première plainte est déposée lorsqu’il est nommé ministre en 2017. Une seconde suivra en 2018, et les deux seront classées sans suites.
Cependant, le 9 juin 2020, la Cour d’appel de Paris ordonne la reprise des investigations sur l’accusation de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, en se fondant sur un vice dans la procédure ayant abouti à l’ordonnance de non-lieu.
UNE NOMINATION MORALE ?
Nommerait-on une personne qui ferait l’objet d’une enquête pour détournement de fonds publics au ministère des finances ? Cela serait contraire aux mœurs politiques. Pourtant, nommer une personne accusée de viol à la tête des forces de l’ordre parait plus acceptable au sommet de l’état.
Dans cette affaire, les relations sexuelles ne sont pas contestées par Darmanin, c’est plutôt la question du consentement de la plaignante qui est au cœur de l’enquête. Quand bien même Gérald Darmanin bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à la décision du juge, force est de constater que cette nomination nuit à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
L’ACCUSATION DE VIOL : PAS UN OBSTACLE ?
En 1993, après des révélations de corruption et de non remboursements de prêts bancaires faites par le Canard Enchainé, le premier ministre Pierre Bérégovoy se suicide.
En 2013, Jérôme Cahuzac soupçonné de fraudes fiscales après des révélations du journal Médiapart, démissionne dès l’ouverture d’une information judiciaire.
Thomas Thévenoud ancien secrétaire d’Etat, a démissionné de son poste après des soupçons de fraude fiscale en 2014.
Le 6 juillet 2020, Gérald Darmanin est nommé ministre de l’Intérieur.
L’ULTIME PROVOCATION ?
A propos du mouvement #MeToo, le nouveau ministre de la justice Dupond-Moretti disait « il y a des follasses qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre, car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux ».
L’honneur politique prescrit formellement l’utilisation de fonds publics à des fins personnelles mais lorsqu’il s’agit de violences sexuelles ou sexistes les mœurs semblent se montrer plus souples.
Plus d’une centaine d’élus ont manifesté leur opposition à cette nomination dans une tribune initiée par Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise.
LE QUINQUENNAT « DE LA HONTE » ?
L’élection d’Emmanuel Macron avait suscité auprès d’une large partie de la population, au-delà du rajeunissement des représentants politiques, l’espoir d’une politique tournée progressistes, vers des idées plus
Le président avait placé la lutte pour le droit des femmes au cœur de sa campagne et avait créé un secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, succédant ainsi au ministère des familles, de l’enfance et des droits des femmes du gouvernement Valls, dont l’intitulé avait été jugé sexiste.
Pour un grand nombre de français, cette nomination a brisé la confiance de ses électeurs et détruit l’image d’un gouvernement qui se voulait jeune et progressiste.
2 ANS POUR CONVAINCRE ?
Parmi les maigres avancés en matière de lutte pour le droit des femmes sous la présidence de Macron, on relève la création du « délit d’outrage sexiste » qui doit pénaliser le harcèlement de rue, puis un grenelle pour conjugales de meilleurs solutions concernant les violences conjugales.
À moins de 2 ans de la fin de son mandat, l’affaire Darmanin n’a pas fini de faire des remous dans l’opinion publique, et jusqu’au sommet de l’Etat…