UN CLASSEMENT ÉTONNANT

Comme chaque année, l’ONG Reporter Sans Frontières a récemment publié l’édition 2020 de son rapport sur la liberté de la presse. Le constat est sans appel : seuls 47 pays sur 180 connaissent une situation « bonne »>. Les menaces qui pèsent sur les journalistes persistent, et la liberté de la presse c globalement reculé depuis 2013.

La France occupe la 34ème place. Cette position pourrait surprendre, et pourtant : la situation de la presse en France est-elle satisfaisante ?

RETOUR SUR 2019, UNE ANNÉE MOUVEMENTÉE POUR LA PRESSE FRANÇAISE.

UNE SITUATION ALARMANTE SUR LE TERRAIN

Pour justifier le classement français, RSF évoque tout d’abord le mouvement des Gilets Jaunes, qui selon eux aurait entraîné « un niveau inédit de violences lors des manifestations […], au point que nombre d’équipes de télévision n’osent plus afficher leur logo ni couvrir les manifestations sans être accompagnées de gardes du corps ».

Des centres d’impression de journaux ont été bloqués, et les journalistes ont souvent été entravés dans leur couverture, empêchés de filmer ou ont vu leurs matériels confisqués.

Touchés par des tirs de LBD, attaqués par des manifestants, les professionnels déplorent des conditions désastreuses lors des manifestations.

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE FACE AU SECRET DEFENSE ?

Le 14 octobre 2019, quatre journalistes de Mediapart, dont son directeur de publication, ont été convoqués par la police en raison d’un des articles sur l’affaire Benalla publié par le site d’information.

Edwy Plenel voit dans cette quadruple convocation une nouvelle tentative d’installer « Un climat de pression sur notre travail d’information et d’intimidation vis-à-vis de nos sources ».

RSF dénonce à son tour d’intimidation judiciaires à répétitions, qui des tentatives entravent le travail des reporters et donc la liberté de la presse.

« LE POINT OBSCURE DE LA REPUBLIQUE » ?

Le 14 mai 2019, Mattias Destal et Geoffrey Livolsi, des journalistes du média d’investigation Disclose, ont été convoqué par la DGSI, au même titre que Benoît Collomat de la cellule investigation France Inter. On leur reproche d’avoir divulgué une note détaillant le soutien de Paris à la coalition anti houthis, soutenue par l’Arabie Saoudite. Ils sont poursuivis pour « compromission du secret de la défense nationale >>.

Dans le même temps, la journaliste Anne Poiret dénonce un « déficit d’information très problématique » sur les ventes d’armes françaises. La France est régulièrement mise en cause sur ce sujet et selon plusieurs syndicats de presses la transparence présente un intérêt public majeur.

CONFLITS D’INTERÊTS?

« L’indépendance éditoriale des médias n’est pas assez assurée pour des raisons de détention capitalistique, de conflits d’intérêts qui sont plus grands qu’ailleurs, les groupes de médias étant de plus en plus détenus par des gens qui ont des intérêts extérieurs et qui peuvent utiliser ces médias dans une logique d’influence » déplore RSF.

Effectivement, beaucoup de médias sont détenus par des industriels. Entre autres :

  • Le groupe Bolloré est présent dans beaucoup d’industries, et est propriétaire de Canal+, de Direct Matin devenu CNews, C8 et D17.
  • François Pinault, fondateur d’Artémis et Kering, est propriétaire du Point.
  • Serge Dassault, président du groupe Dassault Aviation et propriétaire du Figaro.

DÉNONCER LA PRESSE, UNE STRATEGIE POLITIQUE ?

Le média bashing, c’est à dire le lynchage des médias, est une pratique bien courante en France. L’ONG évoque les attaques régulières de l’ex président du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, et du chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Ils alimentent un climat délétère ayant atteint son paroxysme lors de la campagne électorale de 2017.

La présence de « fake news » parmi les informations quotidiennes appuie leurs propos et les conséquences de ce phénomène se ressentent directement sur l’opinion. D’après un rapport réalisé par l’institut Reuters, seuls 24 % des français font confiance à l’information livrée par les médias. Soit 11% de moins qu’en 2018.

LE CORONAVIRUS, UNE NOUVELLE MENACE ?

La crise du Coronavirus a exacerbé les difficultés auxquelles font face les journalistes, et le climat de confusion s’est intensifié.

RSF rappelle que «La crise sanitaire est l’occasion pour des gouvernements autoritaires de mettre en œuvre la fameuse « doctrine du choc » : profiter de la neutralisation de la vie politique, de la sidération du public et de l’affaiblissement de la mobilisation pour imposer des mesures impossibles à adopter en temps normal».

La liberté de la presse en France et dans le monde semble ainsi plus que jamais mise à mal.

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