DES ÉLECTIONS INVISIBLES ?

La COVID aura presque réussi à nous le faire oublier les élections présidentielles américaines approchent à grand pas. Elles se dérouleront le 3 novembre 2020, c’est à dire dans 2 mois. Les candidats principaux sont ainsi en pleine campagne, et leurs propositions semblent parfois assez invisibles face au tumulte du contexte : le coronavirus, les manifestations du mouvement Black Lives Matter et les incendies incessants en Californie occupent l’espace médiatique.

Mais alors, se pourrait-il que Donald Trump soit réélu ? Sur quoi repose sa campagne ?

RETOUR SUR LA CAMPAGNE D’UN PRÉSIDENT PAS COMME LES AUTRES

UN BILAN PRESQUE PARFAIT ?

Donald Trump jouit d’un bilan économique presque insolent. Les « trumponomics » sont portés par des taux d’intérêt historiquement bas, et par une baisse d’impôts significative en début de mandat. Le cycle expansionniste que connaissent les États-Unis est le plus long que le pays n’ait jamais connu : il dure depuis plus de 10 ans.

En 2019, le chômage est à un niveau historique : 3,6% de la population active. C’est le niveau le plus bas depuis 1969. Les créations d’emplois publiés ce 5 février par ADP, font état de 291 000 emplois supplémentaires pour le mois de janvier 2020, le plus haut depuis le mois de mai 2015. La croissance du PIB dépasse même les 3% sur un rythme annuel.

Ce dynamisme économique sans précédent est argument de campagne solide pour Donald Trump.

« UNE ÉCONOMIE RÉGÉNÉRÉE ?

TRUMPONOMICS (néologisme)

Contraction de Trump (le président américain) et d’economics (la science économique). Ce néologisme résume l’ensemble de la doctrine et de la politique économique entendait développer en 2016, que le président entendait développer en 2016.

Il est difficile de dire que ces promesses n’ont pas été tenues. L’institut de sondage Gallup, publiait le 4 février 2020 le meilleur résultat de Donald Trump (49% de satisfaction) depuis son élection. Le sentiment de la population à l’égard de l’économie est au plus haut depuis 20 ans.

AMERICA FIRST

Le succès de Trump ne vient pas seulement de ses réussites économiques : il a créé toute une nouvelle vision des États Unis. Grâce à son programme « América First », il a construit le discours d’une renaissance de la nation. La force de sa doctrine est son rejet du déclin, qui se traduit par une volonté de pousser l’économie américaine à son plein potentiel. Ce programme politique s’est traduit en actes, aussi bien par une pression toujours plus forte sur la Réserve Fédérale pour que celle-ci conduise une politique monétaire favorable à l’économie, que par un soutien budgétaire massif.

On ne peut manquer d’être frappé par son discours mobilisateur, qui appelle l’Amérique profonde, au-delà de ses clivages, à relever les défis, que ce soit dans l’espace, dans l’économie ou dans son armée.

UN BILAN ILLUSOIRE, VOIR A CONTRASTER ?

Comme beaucoup d’observateurs le font souvent remarquer : ces succès sont en réalité à contraster. Tout d’abord, Trump a hérité d’un contexte très favorable. Beaucoup attribuent une partie de sa réussite à la politique du président précédent.

De plus, la croissance économique s’est faite aux dépends de la dette publique. Le déficit public a enflé sous son mandat, et ce jusqu’à revenir au niveau de 1946. La réforme fiscale voulue par le président et actée fin 2017, s’est traduite par une baisse massive des impôts payés par les entreprises et les ménages les plus riches. Elle a eu pour effet de creuser le déficit. Ce contre-coup pourrait laisser aux générations futures une situation désastreuse.

MAIS TOUT ÇA, C’ÉTAIT AVANT MARS 2020

La crise du Coronavirus a encore une fois tout renversé. Il faut noter qu’aux États Unis, les enquêtes d’opinions mesurent l’approbation qui est accordée au président quant à sa gestion du pays. Depuis le mois d’avril, c’est une véritable dégringolade. L’écart entre les avis négatifs, (qui ont toujours été majoritaires depuis son arrivée à la Maison Blanche) et les avis positifs est passé de 2,5 points à 15 points dans la moyenne des sondages calculée par le site RealClearPolitics.

Avec plus de 188 409 décès, on lui reproche surtout d’avoir politisé la pandémie. Il se place fermement contre les avis des experts de santé, et ne se décide à porter publiquement le masque qu’en juillet. Le meeting qu’il organise à Tulsa, le 20 juin, et lors duquel un nombre certain d’américains ont été contaminés, n’a fait qu’enterrer son score dans les sondages.

LA PRÉSIDENCE DE TOUS LES CLIVAGES ?

Une autre question a fait son apparition récemment : les notions sécuritaires et raciales. Le meutre de George Floyd a fait exploser le mouvement Black Lives Matter et a engendré de nombreuses manifestations. Or, la réaction de Donald Trump est à contre sens : il décide d’affirmer un État fort, face à ce qu’il appelle des « délinquants ».

Il s’accroche alors à des symboles confédérés, dont son drapeau, et affirme défendre un « héritage » américain. Il semble vouloir rester solide face à son électorat : statistiquement, des hommes blancs, âgés de plus de 50 ans et peu diplômés. Pourtant, même face à son parti il semble être en décalage. Le Mississippi, bastion républicain, vient de voter à une écrasante majorité pour le retrait du drapeau confédéré qui figurait sur son oriflamme. Rappelons que ce drapeau était l’étendard qui réunissait les États esclavagistes du sud. Ainsi, même auprès de ceux qui avaient fait sa victoire en 2016, il semble perdre du terrain.

UN SCRUTIN PERDU D’AVANCE ?

Les ressorts de la campagne de Trump ont ainsi complétement été modifiés depuis le mois de mars. Il continue de revendiquer son bilan avant Covid, mais l’effet n’y est pas. La faible affluence au meeting de Tulsa montre le malaise présent au sein de son électorat.

Dans les sondages, Biden est pour l’instant désigné en tant que vainqueur. Mais la présidentielle de 2016 nous a déjà montré qu’avec Donald Trump rien n’est joué. Il mise désormais sur une campagne incisive envers son adversaire, qui rappelle le candidat d’il y a 4 ans.

RENDEZ-VOUS LE 3 NOVEMBRE…

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