L’ULTIME ENJEU DU QUINQUENAT MACRON ?

Dans son intervention du 3 septembre, Jean Castex, accompagné de Barbara Pompilli, a longuement démontré que l’environnement serait la cause principale du gouvernement pour les deux années à venir. Plus de 10 milliards d’euros sont ainsi consacrés à la transition et à l’innovation énergétique. Ces annonces montrent la volonté de l’État de respecter les engagements pris en 2015, et donc notamment de réduire à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025.

Mais derrière le greenwashing politique et les annonces de façade, quels sont les véritables enjeux du nucléaire ?

RETOUR SUR L’HISTOIRE DU PAYS LE PLUS NUCLÉARISÉ AU MONDE

LE NUCLÉAIRE FRANÇAIS EN DATES, DE 1945 A 1996

  • 1945 : Le général de Gaulle crée le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour mettre au point la bombe atomique française.
  • 1961 : Premier essai nucléaire dans le désert algérien, puis 210 essais suivront jusqu’en 1966, dans le Sahara et en Polynésie française.
  • 1974 : « Plan Messmer »>, qui vise à généraliser le recours à l’énergie nucléaire en France et prévoit la construction de trois réacteurs par an. Ce programme a fait de la France le pays le plus nucléarisé au monde.
  • Septembre 1996 : La France signe le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Depuis cette date, elle n’a plus jamais effectué d’essais nucléaires.

QUELS SONT LES, ENGAGEMENTS PRIS EN 2015 ?

En 2015 est votée la loi sur la transition énergétique, qui prévoit de répondre aux besoins d’une énergie plus verte. Ses objectifs :

  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030 et diviser par quatre ces émissions entre 1990 et 2050.
  • Réduire la consommation énergétique primaire d’énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à 2012.
  • Porter la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025…
  • Affirmer un droit à l’accès de tous à l’énergie sans coût excessif au regard des ressources des ménages.
  • Réduire de 50 % la quantité de déchets mis en décharge l’horizon 2025 et découpler progressivement la croissance économique de la consommation de matières premières.

LA FRANCE A-T-ELLE RESPECTÉ SES ENGAGEMENTS ?

Face aux actions répétées d’ONG environnementales, le gouvernement a promis une sortie progressive du nucléaire et instaure en 2016 la PPE, soit la programmation pluriannuelle de l’énergie. Elle vise a fixer une trajectoire pour le mix énergétique, ainsi que les priorités d’action pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergie ».

Cependant, en 2016 des ONG s’inquiètent du retard pris sur ces engagements, et déplorent notamment le fait que l’évolution du parc nucléaire ne soit toujours abordée cette date. En effet, le programme de François Hollande prévoyait en 2012 la mise à l’arrêt de la centrale de Fessenheim pour 2016. Après plusieurs reports, elle ne sera finalement fermée qu’en juin 2020. Greenpeace dénonce une « procrastination gouvernementale très alarmante ».

En février 2016, la cour des comptes alerte sur un décalage persistant au regard des objectifs affichés » par la France en matière d’énergies renouvelables.

LE BRAS DE FER AVEC L’INDUSTRIE

L’avenir de la filière nucléaire nationale, loin du symbole de la réussite industrielle française, est aujourd’hui en question.

La transition énergétique est une catastrophe pour le secteur, puisqu’elle signifie des suppressions de postes, des pertes économiques considérables et l’écroulement d’une potentielle compétitivité française sur le marché.

Mais la situation de crise dans laquelle se trouve l’industrie du nucléaire n’est pas nouvelle : elle résulte d’une politique engagée depuis les années 90. Afin de compenser de futures difficultés, l’État a favorisé une politique agressive d’expansion à l’export. Cependant, cette stratégie s’est construite à partir d’une mauvaise évaluation du marché international, et a engendré des pertes massives.

De plus, l’industrie du nucléaire français vit une crise majeure en 2015 : l’annonce des résultats catastrophiques d’Areva en est la preuve. Le groupe est alors en situation de faillite avec une dette de 5,8 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 8.3 milliards d’euros.

VÉTUSTE DES RÉACTEURS : DANGER IMMINENT ?

Certaines ONG mettent en place des actions concrètes afin de dénoncer la lenteur de la mise en place des engagements français. Le 21 Février 2020. Green Peace s’est ainsi introduit dans la centrale du Tricastin dans la Drôme, afin de demander sa fermeture.

En effet, la centrale, a été construite en 1974 et mise en service en 1980. «  Quarante ans, c’est la durée maximale pour laquelle les centrales nucléaires ont été conçues. Aujourd’hui, Tricastin entre dans une phase de vieillissement qui est inconnue des ingénieurs qui l’ont conçue, donc ça veut dire qu’on a de plus en plus de risques », avait déclaré Cécile Génot, la porte-parole de l’ONG. Greenpeace rappelle qu’elle est située en zone sismique et que la digue censée la protéger des inondations reste fragile. L’ONG ajoute que «la cuve de son premier réacteur est la plus fissurée du pare nucléaire français » et qu’à plusieurs reprises déjà des éléments radioactifs ont fuite et contaminé les nappes phréatiques.

Cette vétusté extrêmement dangereuse concernerait une douzaine de réacteurs sur les 58 actifs aujourd’hui.

LE NUCLÉAIRE, UNE BOMBE A RETARDEMENT ?

Un autre danger plane autour du nucléaire français de risque d’attentat. En effet, dans un documentaire datant de 2017, Arte avait répondu à LA question qui fait vraiment peur : sommes-nous à l’abri d’un attentat nucléaire dont les conséquences radioactives seraient pires que Tchernobyl et Fukushima ?

Dans Sécurité nucléaire, le grand mensonge, les journalistes Eric Guéret et Laure Noualhat nous livrent deux ans d’enquête sur les « Tailles de sécurité » des sites. Les centrales sont exposées à des dangers divers : attaque par les airs, par la mer, des commandos à pied ou encore des cyber-attaques.

Détaillés par Greenpeace, ces risques qui planent sur les 58 réacteurs nucléaires français démontrent notamment l’Apocalypse que provoquerait la chute d’un gros-porteur sur La Hague et ses 10 000 tonnes de déchets (un nuage, radioactif équivalent à au moins six fois Tchernobyl). De plus, certaines affaires inquiétantes restent sans réponses : le survol de la quasi-totalité de sites nucléaires français par des drones en 2014, le sabotage d’une turbine de la centrale de Doel en Belgique, les multiples intrusions d’ONG à l’intérieur des centrales et jusqu’aux piscines… Avec 19 centrales, aucun endroit du territoire n’est à l’abri d’un nuage radioactif…

VERS UNE DÉNUCLÉARISATION ?

Les enjeux sont donc multiples comment empêcher l’effondrement de toute une industrie & Comment éviter une catastrophe nationale de grande, envergure, face aux nombreux risques qui planent autour des 53 réacteur français ?

Cela pourrait paraître assez paradoxal : il revient à Emmanuel Macron, de culture pro-nucléaire, d’honorer les engagements pris en 2015 par François Hollande.

Sur l’arrêt de Fessenheim, l’Elysée voit l’arrêt comme un pas vers l’objectif de réduction de 71 % à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’énergie en 2025.

Mais au-delà de Fessenheim, douze autres réacteurs ont été listés, et EDF a refusé de s’engager clairement sur un calendrier de fermetures supplémentaires : En 2018, Nicolas Hulot avait tenté d’obtenir un échéancier et souhaitait de nouveaux arrêts dès 2022, tandis qu’EDF n’en envisageait qu’à partir de 2029. C’est entre autres parce qu’il estimait avoir été ache par l’exécutif sur cette question qu’il avait brutalement claqué la porte du gouvernement.

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