C’EST QUOI ?
Mesure phare de la campagne de Benoît Hamon lors des élections présidentielles de 2017, l’idée d’un revenu universel a fait un retour en force depuis quelques mois, suite à la crise de la COVID-19. Face à des inégalités sociales qui risquent de se creuser à la sortie de la pandémie, le revenu universel fait partie des solutions évoquées.
Le revenu universel (ou revenu de base) est une attribution d’un revenu à tous les membres d’une société sans distinction, à partir d’un certain âge. Ce montant est bien entendu cumulable avec le salaire. Cette mesure suscite autant d’espérance que de questionnements, notamment sur son mode de financement.
ALORS QUE LE REVENU UNIVERSEL REVIENT SUR LA TABLE POUR PALLIER A LA CRISE POST-COVID-19, QUELS SONT LES ÉLÉMENTS QUI NOURRISSENT UN VIF DÉBAT ENTRE POLITIQUES ET ÉCONOMISTES ?
QUELLES MODALITÉS ?
Parmi ceux qui défendent l’idée d’un revenu de base, les opinions divergent quant aux modalités d’application. Quel est le profil de ceux qui doivent en bénéficier ?
La question ne porte pas sur les revenus, mais plutôt sur l’âge. Doit-on verser ce revenu dès la naissance ? Cela permettrait à chacun de partir avec un capital et ainsi réduire les inégalités à la naissance. D’autres préféreraient le distribuer uniquement aux adultes, à partir de 18 ans. La solution consensuelle consisterait à verser un montant moins élevé aux enfants, et revenir au tarif de base à la majorité.
Cette question est d’autant plus importante que selon l’âge d’attribution, le coût de cette réforme ne serait plus le même.
QUEL MONTANT ?
Le deuxième paramètre concerne la somme versée.
5 Les propositions vont de 500 à 1000 euros environ. Avec 500 euros, nous serions autour du montant de prestations sociales déjà existantes, comme le revenu de solidarité active (RSA). Ce montant permettrait sûrement de réduire la pauvreté des individus extrême précarité comme les étudiants ou les familles monoparentales par exemple. Avec un revenu de 1000 euros, ce qui représente quasiment un salaire minimum (SMIC), on peut décider d’épargner ou de gagner plus en prenant un travail. Les économistes penchent plus pour une somme intermédiaire de 700 ou 800 euros. C’est la somme qui semble la plus réaliste d’un point de vue financier.
AVOIR LE LOISIR DE CHOISIR
D’après ses défenseurs, le revenu universel donnerait une nouvelle option aux individus : celle de choisir. Choisir de travailler ou non, de prendre un emploi à S temps partiel en complément… Il pourrait aussi permettre de développer d’autres activités que le travail comme le bénévolat par exemple. Pour les étudiants, il éviterait la contrainte de devoir se trouver à tout prix un job étudiant pour financer ses études. Mais si ce revenu n’est pas suffisant pour celui-ci, il peut choisir de prendre quand même un emploi. Pour les ménages, cela laisse le choix de pouvoir épargner, chose très compliquée pour des familles précaires avec des charges mensuelles lourdes.
Avoir le choix n’est pas si commun, surtout pour les individus les plus fragiles économiquement.
COMMENT LE FINANCER ?
Il s’agit de la plus grosse question qui gravite autour du revenu de base, mais aussi le point sur lequel ses détracteurs s’appuient pour le décrédibiliser.
Comme l’a souligné la sociologue Dominique Méda dans une tribune au Monde, le 3 avril 2021, celle-ci doit s’accompagner avant tout d’une refonte de la fiscalité française : c’est-à-dire une suppression de Certains minimas sociaux comme le RSA ou le minimum vieillesse. Elle propose que ce revenu soit versé à tout le monde (de droit) mais qu’il augmente ou diminue selon la somme que l’on gagne. Concrètement, ce serait donc la différence entre le revenu universel et l’impôt sur le revenu qui serait versé. Des économistes ont aussi préconisé une augmentation de l’impôt sur le revenu ou alors la création d’un impôt sur les transactions financières.
L’EXEMPLE FINLANDAIS
Le revenu universel a très peu été expérimenté dans les sociétés modernes, hormis en Finlande, en 2017.
Le pays a testé pendant deux ans de verser à 2000 chômeurs de 25 à 58 ans la somme de 560 euros sans conditions. Cet échantillon a été comparé avec un groupe témoin de 178 000 personnes touchant les allocations chômage. L’étude, menée par l’université d’Helsinki, montre que le groupe qui percevait le revenu universel montrait moins de stress et de problèmes de santé et que les individus en profitaient pour s’occuper de leur famille ou de leurs voisins de manière informelle. Les résultats montrent aussi que ce revenu de base n’a pas dissuadé les gens de travailler, mieux, ils auraient travaillé 78 jours, soit 6 jours de plus que le groupe qui touchait les allocations chômage.
Cette expérience grandeur nature a montré des résultats encourageants, dans un pays ou le bonheur des individus est déjà élevé et avec un chômage très faible.
UNE IDÉE TRÈS CONTESTÉE
L’idée d’un revenu de base est très loin de faire l’unanimité. Plusieurs reproches lui sont fait :
- Il pourrait encourager les individus à ne pas travailler (on parle de « trappe à l’inactivité ») et ainsi percevoir un revenu sans participer à la redistribution à travers l’impôt sur le revenu.
- Il coûterait bien trop cher à mettre en place et pourrait creuser la dette publique déjà très élevée, et exacerbée par le COVID 19.
- Le chômage étant trop élevé en France (8% d’après l’INSEE), il devrait s’accompagner d’une plus grande flexibilité du travail, ce qui permettrait aux chefs d’entreprise de moins rémunérer les emplois peu qualifiés pour être vraiment efficace.
QUEL BILAN ?
Utopie pour les uns, route la plus courte contre les inégalités chez les autres : le revenu universel s’invite régulièrement dans les débats depuis plus de 40 ans. Les modalités autour de sa distribution sont encore très floues.
Malgré les apparences, cette idée réparait dans tous les courants de pensée économique, de gauche comme de droite. Le revenu de base risque d’être un des principaux sujets à débat lors de l’élection présidentielle de 2022 et peut devenir un vrai enjeu électoral, mais surtout social en vue de la crise économique annoncée pour les années à venir.
Le fait de ne pas avoir de vrai modèle de comparaison accentue les débats autour de celui-ci. L’Allemagne compte aussi en faire l’expérience prochainement.