C’EST QUOI ?

La dette publique, c’est l’ensemble des emprunts réalisés par l’État et ses différentes institutions publiques pour financer leur fonctionnement.

La dette publique française est passée de 98,1% du PIB (produit intérieur brut) (soit 2 380 milliards d’euros) en 2019 à 115,5% (soit 2 650,1 milliards) en 2020 selon l’INSEE. De ce fait, la dette publique de la France a atteint « son niveau le plus élevé depuis 1949 », comme le constate Le Monde.

En effet, pour affronter la crise sanitaire, les finances publiques ont dû recourir aux mesures de soutien à l’économie, mais tout de même moins qu’escompté.

ALORS QUE LES PAYS “RICHES” SONT PLUS ENDETTÉES QUE JAMAIS, IL CONVIENT DE SE DEMANDER SI LA DETTE MONDIALE EST HORS DE CONTRÔLE ?

DETTE PUBLIQUE ET DÉFICIT BUDGÉTAIRE, DES SYNONYMES ?

Souvent, les termes “dette publique” et “déficits budgétaires” sont associés dans les médias.

En réalité, une distinction doit être faite. Le déficit budgétaire est un stock de la dette publique. Autrement dit, un déficit budgétaire est une situation dans laquelle les recettes du budget de État sont inférieures aux dépenses. C’est donc un solde négatif. Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. Le montant de l’emprunt constitue le montant de la dette.

Inévitablement, l’augmentation du niveau d’endettement entre 2019 et 2020, a creusé le déficit budgétaire en passant de 9,2% à 11,3% du PIB.

UN ENCADREMENT STRICT DE LA DETTE PUBLIQUE POUR L’UNION EUROPÉENNE

L’Union Européenne a pourtant voulu encadrer l’endettement des États. En effet, le Traité de Maastricht de 1992, traité fondateur de la zone euro, impose justement des critères d’adhésion aux États.

Pour pouvoir adhérer, les pays doivent avoir une finance publique jugée soutenable, c’est-à-dire que leurs déficits publics annuels ne  doivent pas excéder 3 % du PIB et la dette publique 60 % du PIB.

Un Pacte de stabilité et de croissance a été adopté en 1997, au terme duquel les États déjà membres de l’Union Européenne s’engagent à parvenir, à moyen terme, à des budgets “proches de l’équilibre ou excédentaires”.

…ET EN CAS DE GRAVE CRISE ?

La position de difficulté de l’Union européenne face à la crise de 2008, a contraint les États membres à assouplir le Pacte de stabilité et de croissance (amendements “six-pack” en 2011 et “two-pack” en 2013) pour leur permettre d’emprunter en cas de crise, et donc favoriser une relance économique.

Sur ce fondement, face à la crise économique provoquée par la propagation du Covid-19 en Europe, les États ont suspendu l’application des règles budgétaires afin, comme l’a justifié la Commission européenne, “d’injecter dans les économies nationales autant que nécessaire”.

UNE SITUATION FAVORABLE À L’ENDETTEMENT ?

Néanmoins, le principal élément qui explique que les États s’endettent davantage au point d’atteindre un haut niveau d’endettement comme la France demeure dans la diminution des taux d’intérêts.

L’abaissement des taux d’intérêt favorise endettement dans la mesure où les États empruntent plus, parce que rembourser cette dette ne leur coûte pas d’argent. Encore mieux, les États qui empruntent à des taux négatifs tel que la France, gagnent de l’argent en empruntant.

En effet, la France a même bénéficié de taux d’intérêts négatifs, une situation qui paraît assez paradoxale. Cela revient à dire que le prêteur paye pour confier son argent à un pays.

POURQUOI PRÊTER POUR PERDRE ?

Les investisseurs qui prêtent à la France à des faux négatifs, le font surtout pour être garantis de A retrouver leur capital, dix ans plus tard, plutôt que de laisser leurs argents à la banque qui peut faire faillite.

Anthony Requin, patron de l’Agence France Trésor, chargée de placer la dette française sur les marchés, dit la même chose autrement : « L’investisseur nous confie son argent comme s’il louait un coffre-fort », et ce sont les frais de cette location que reflètent les taux négatifs.

POURQUOI FAUT-IL ÉVITER UNE HAUSSE DES TAUX D’INTÉRÊT ?

L’emprunt à des taux négatifs n’est pas sans risque dans la mesure où les taux d’intérêts pourraient augmenter à l’avenir. Une hausse des taux d’intérêt rendrait la dette française insupportable, car l’Etat se verrait contraint de débourser des milliards en plus pour décrocher les mêmes crédits. Ainsi, la charge de la dette deviendrait toujours plus difficilement remboursable.

Cette augmentation des taux d’intérêt peut aussi provoquer un krach obligataire. Quand les taux remontent, la valeur des obligations déjà émises diminue mécaniquement. Les obligations déjà émises sont les titres de créance des états. Autrement dit, la contrepartie de leur emprunt. En effet, plus personne ne veut acheter ces titres, qui rapportent moins que les nouveaux emprunts. Les institutions financières qui ne pourront plus revendre leurs obligations seront en défaut de paiement.

QUEL BILAN ?

En résumé, même si l’endettement n’a pas cessé d’augmenter depuis ces 30 dernières années, aujourd’hui elle se trouve d’autant plus favorisée.

En effet, entre l’assouplissement des contraintes posées par le pacte de stabilité et de croissance, et l’abaissement des taux d’intérêt, on ouvre la voie aux États pour qu’ils empruntent et relance l’économie.

L’État se trouve alors dans une situation où il emprunte certes plus, mais gratuitement voir il est payé pour son emprunt. Néanmoins, une hausse des taux d’intérêt peut s’avérer inquiétante en tant qu’elle alourdira le remboursement pour les États.

Toutefois, une augmentation brutale des taux d’intérêt semble dans l’immédiat improbable puisque l’Europe par le rachat des dettes témoigne sa prudence et sa volonté de maîtriser cette éventualité.

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