C’EST QUOI ? 

Les semi-conducteurs sont des matériaux (comme le silicium) utilisés pour conduire et contrôler un courant électrique. Par extension, ils désignent de minuscules puces électroniques qui se retrouvent dans tous nos appareils électroniques du quotidien (voitures, smartphones, machines à laver, consoles de jeux…).

Leur demande a  naturellement augmenté au fil des années. Depuis début 2020, la production de plusieurs secteurs comme l’automobile ou les jeux vidéo est fortement ralentie voire paralysée  à cause d’une pénurie inédite de ces puces électroniques, d’ampleur planétaire. 

COMMENT LES SEMI-CONDUCTEURS SE RETROUVENT AU COEUR DES ENJEUX COMMERCIAUX ACTUELS ?

POURQUOI Y A T-IL UNE PÉNURIE ?

Les restrictions liées à la pandémie de covid-19 ont poussées les particuliers et les entreprises à s’équiper tant pour le loisir que pour le télétravail généralisé (Console, PC, infrastructures cloud…etc). Ainsi, la demande de puces électroniques venant de fabricants hardware a explosé de manière inattendue en 2020.

Parallèlement, l’arrivée de nouvelles disruptions technologiques comme la 5G ou les nouvelles consoles de salon Xbox One X/S PS5 sont venus exacerber une tension des commandes, déjà régnante auprès des fabricants de semi-conducteurs. Ces derniers, submergés par des carnets de commandes pleins pour les prochains mois, manquent de capacité de production face à ces besoins colossaux.

LA MONDIALISATION ATTEINT-ELLE SES LIMITES ?

Cette pénurie en contexte de pandémie révèle une dépendance réciproque des Etats Unis et de la Chine, deux des principaux acteurs étatiques du secteur des semi-conducteurs. Cette industrie fonctionne par une sous-traitance généralisée au niveau international. Des “fabless”, dotés de la propriété intellectuelle pour concevoir des modèles de puces innovantes, sous-traitent la fabrication de masse à des fondeurs (“foundry”).

De leur côté, les Etats-Unis abritent peu de fondeurs et dépendent de l’étranger. Oncle Sam ne produit que 12 % des puces présentes sur le marché mondial. La décision américaine de placer des entités chinoises sur leur liste noire à partir de mai 2020, a également eu des effets négatifs sur les entreprises américaines, obligés de trouver de nouveaux partenaires.

La collaboration laisse donc place à une concurrence acerbe. En effet, ces mesures défensives des Etats-Unis à l’encontre de la Chine sont motivées par la crainte de voir prospérer au sommet des puissances commerciales une culture et un régime étranger aux démocraties occidentales


Si Pékin a des capacités de production supérieure à ses concurrents étrangers (SMIC…etc), elle a un retard technologique certain comparé aux Etats-Unis ou l’Europe. L’embargo peut les empêcher de rattraper ce retard en matière de propriété intellectuelle. La mesure semble efficace jusqu’à présent : ASML, un concepteur néerlandais a notamment renoncé à vendre ses produits en Chine…

QUEL IMPACT POUR LES SECTEURS CLIENTS ?$

Les clients en semi-conducteurs, à savoir les constructeurs d’appareils électroniques et l’industrie automobile, se retrouvent coincés dans des délais allongés à cause des ruptures d’approvisionnement. Ainsi, Ford, Nissan ou Honda ont dû freiner, voire stopper la production de véhicules dès le 8 janvier 2021. Les objectifs sont donc révisés à l’instar de Stellantis (le groupe formé par PSA et Fiat Chrysler) qui a dû se priver de 190.000 véhicules au premier trimestre 2021.

À cela vient s’ajouter une inflation des prix des semi-conducteurs, qui montent de +20 % à +40 % selon le type de puces recherchées.
Ce serait pas moins de 169 secteurs qui seraient touchés, selon la banque américaine Goldman Sachs.

QUE FONT LES ETATS FACE À CETTE CRISE ?

Le nouvel objectif semble être l’autosuffisance technologique au niveau national : en témoignent deux projets de loi avec un montant d’aide de 25 milliards de dollars aux Etats Unis pour relocaliser des usines de semi-conducteurs. La Chine prévoit elle d’investir 90 milliards d’euros dans le développement industriel. 

La Chine aurait même considéré priver Washington de ses “terres rares”, métaux indispensables en électronique ainsi que dans le programme de défense américain. La Chine en assure plus de 90 % de la production mondiale. 
A contre-courant, Taïwan – l’un des principaux producteurs de semi-conducteurs – a proposé le 10 mai dernier de collaborer avec l’Union européenne pour renforcer son approvisionnement.

QUEL BILAN ?

L’importante présence de terres rares (famille de métaux composant les semi-conducteurs) sur la planète présage que le monde traverse une crise temporaire, qui pourrait se résorber au cours de l’année 2022.

En attendant, cette rupture d’approvisionnement pousse les puissances à relocaliser une production face à une mondialisation qui révèle ses limites dans le contexte actuel.
Peut-on espérer de la croissance pour le secteur des semi-conducteurs avant la fin de 2021 ? Paradoxalement, oui. Avec une hausse de 17,8% par rapport au premier trimestre de 2020, les ventes mondiales de puces n’ont même jamais été aussi élevées…

QUEL AVENIR POUR LES SECTEURS CLIENTS EN SEMI-CONDUCTEURS ?

Sources :

Hugues Douillet, Figaro 

Vincent Cimino, Siècle Digital

Dépêches AFP

Vincent Fagot, Le Monde

Patrick Randall, LesNumériques.com

Céline Deluzarche, Korii Slate

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