Haïti est un petit État qui partage l’île d’Hispaniola avec la République Dominicaine. Cette île est située entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.
Le pays, deuxième État indépendant d’Amérique (après les États-Unis) suite à la défaite des Français au terme de la révolution haïtienne de 1804, est aujourd’hui touché par une pauvreté généralisée, doublée d’une revitalisation de la violence générale dans le pays.
Des assassinats successifs de chefs d’État aux coups d’État, en passant par l’occupation et la dictature, la crise institutionnelle semble intrinsèque au pays. Depuis sa création, Haïti ne semble pas avoir connu une période de relatif calme.
Vers quelle issue se dirige « la Perle des Antilles », entre catastrophes naturelles et montée de la violence et de la pauvreté ?
Frise chronologique – Histoire
- 1492 : Christophe Colomb débarque sur l’île d’Hispaniola. L’île sera soumise à la domination coloniale des Espagnols, puis des Français. Début de l’esclavage pour les habitants de l’île.
- 1803 : Capitulation de l’armée française et proclamation de l’indépendance, faisant d’Haïti la première république noire libre.
- 1804-1957 : A la suite de l’indépendance, une instabilité politique s’installe sur l’île. Sur 36 chefs d’État, 24 seront assassinés ou renversés. Le premier d’entre eux, Jean-Jacques Dessalines, ne reste en poste que deux ans, jusqu’à son assassinat.
- 1957-1986 : Coup d’État militaire de François Duvalier qui règne puis se proclame président à vie. Il est remplacé en 1971 par son fils Jean-Claude, qui tient le pays d’une poigne de fer. La Révolte haïtienne de mars 1986 fait chuter le régime des Duvalier et leur 30 ans de dictature.
Qui a tué Jovenel Moïse ?
Jovenel Moïse, le PDG d’une entreprise d’exportation, inconnu du public avant 2015, est finalement élu lors de l’élection présidentielle de 2016, après un scrutin entaché de soupçons de fraude. Son pouvoir est alors fortement remis en cause par les opposants.
Bien que son mandat ait pris fin en février 2021, Moïse, dernier président d’Haïti en date, s’arrangeait avec le droit pour se maintenir à la tête du pays.
L’opinion publique parle d’un assassinat « prévisible », alors que le pays est plongé dans une atmosphère de tension politique depuis un certain moment. L’augmentation brutale des tarifs des carburants, l’inflation montante sur les produits alimentaires, ainsi que la corruption généralisée des hautes sphères gouvernementales, suscitent depuis 2018, un mépris croissant des Haïtiens envers le président, caractérisé par de violentes révoltes.
Le drame s’est déroulé durant la nuit du 6 au 7 juillet dans sa résidence privée, par un commando composé de 28 personnes (dont 26 colombiens). Si 18 suspects sont rapidement arrêtés dans les jours qui suivent, le mystère plane toujours quant à l’identité du commanditaire de cette attaque et ses motivations concrètes. S’il est bien connu que la drogue circule massivement de Colombie à Haïti, des mois après l’ouverture d’une enquête par les autorités haïtiennes, on ne sait pas à qui profite ce crime.
La violence des gangs
Aujourd’hui, on ne compte pas moins de 95 gangs qui se livrent à des activités criminelles en multipliant les enlèvements et assassinats, dans le cadre d’une sanglante guerre de territoire. “Le chaos est total, les gangs sont partout, surarmés et d’une violence hors de contrôle” rapportait une journaliste du Monde en juillet dernier.
Au dernier trimestre de 2020, 73 enfants et femmes en Haïti ont été ciblés par la violence des gangs, a averti l’UNICEF. Plus de 600 enlèvements ont été recensés depuis le début de l’année. Ces dernières années, les gangs n’ont fait que se développer. Le chômage, la pauvreté et l’inflation sont les facteurs principaux du développement de ces gangs.
Ainsi jusqu’à l’assassinat de Jovenel Moïse, les autorités et différentes factions avaient établis une relative entente pour maintenir le calme sur l’ensemble du territoire. En effet, ces milices contrôlent parfois de larges portions de territoire. Il est donc nécessaire pour le gouvernement d’adopter une démarche collaborative.
Instabilité politique et corruption
Début juin, un rapport de la Cour supérieure des comptes haïtienne pointait du doigt plusieurs entreprises, dirigées par Jovenel Moïse avant son entrée en politique, comme étant “au cœur d’un stratagème de détournement de fonds” de Petrocaribe.
Plus de 2 milliards de dollars, générés par un fond à l’initiative du Venezuela censé aider les pays à faible PIB, ont ainsi disparu dans des systèmes opaques, sans bénéficier totalement à la population. Il en va de même pour les 10 milliards de dollars rassemblés par la communauté internationale suite au séisme dramatique de 2010. Onze ans plus tard, les infrastructures du pays ne s’en sont pas remises.
Les causes de la pauvreté
Haïti fait partie des pays les plus pauvres au monde, classé 168e sur 189 en IDH (Pnud).
L’économie d’Haïti repose principalement sur l’agriculture (huile, banane, cacao, mangue). À la moindre catastrophe naturelle, l’économie toute entière est remise en cause. Le pays se retrouve à devoir investir lourdement dans une politique de reconstruction. Dans les années 1980, Haïti s’est vu contrainte de baisser fortement ses tarifs douaniers dans le cadre des programmes d’ajustements structurels du FMI et de la Banque mondiale. Cette politique de libéralisation commerciale a alors eu pour conséquence de favoriser les productions étrangères (notamment le riz américain) face aux productions locales contribuant ainsi à accentuer la dépendance vis-à-vis des importations et à appauvrir les agriculteurs haïtiens.
S’ajoute à cela le problème de gouvernance, qui explique également la faiblesse économique d’Haïti. En effet, l’instabilité politique et la corruption font fuir les investisseurs. L’aide de la diaspora s’en trouve limitée par la même occasion.
Les séismes
Haïti, par sa position géographique entre deux plaques tectoniques, dans une zone régulièrement fréquentée par des cyclones et des pluies diluviennes, est fréquemment soumise à des catastrophes naturelles.
Le 14 août 2021, un séisme d’une magnitude de 7.2 faisait environ 2200 morts et plus de 9 900 blessés. Si ce tragique événement a eu pour effet de détourner l’attention médiatique de l’assassinat de Jovenel Moïse, c’est parce qu’il s’agissait du séisme le plus meurtrier depuis 2010. Ce dernier avait à l’époque fait entre 150 000 à 200 000 morts.
La suite
Aujourd’hui, aucun successeur du président ne fait consensus en Haïti. L’absence de pouvoir laisse place à une guerre de gangs toujours plus violente. Ainsi, certains gangs contrôlent des régions entières du territoire sans aucune impunité. Le vide institutionnel du pays pourrait même leur permettre d’asseoir un peu plus leur emprise sur le territoire. Les autorités, fragilisées, demandent l’aide de la communauté internationale pour organiser des élections… Affaire à suivre.