Le 15 septembre, l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont annoncé la formation d’une nouvelle alliance militaire : Aukus (Australia, United Kingdom et United States). Cette nouvelle union a entraîné une forte crise diplomatique avec la France. Celle-ci avait signé un contrat de 50 milliards d’euros pour la cession de douze sous-marins avec l’Australie. Cette alliance semble faire doublon avec le principal accord militaire unissant les pays occidentaux : l’OTAN. Est-elle réellement en état de « mort cérébrale » comme l’a affirmé Emmanuel Macron en 2019 ? Retour sur une organisation contestée, mais pourtant essentielle sur l’échiquier géopolitique depuis 70 ans.
L’OTAN, kézako ?
L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est née en 1949 dans un contexte de tensions florissantes entre le Bloc de l’Ouest et le Bloc de l’Est. La Seconde Guerre mondiale terminée, il faut éviter un nouveau conflit armé par tous les moyens. Les douze premiers pays signataires du pacte de Washington sont les États-Unis, le Canada, la Belgique, le Danemark, la France, les Pays-Bas, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, le Royaume-Uni et le Portugal.
Concrètement, il s’agit d’une alliance militaire pour pouvoir se défendre face aux Soviétiques qui possèdent une alliance similaire : le pacte de Varsovie. Par conséquent, l’effondrement de l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) en 1991 aurait dû sonner le glas pour l’OTAN car la cause même de sa création n’existait plus. L’alliance a subsisté, mais les divergences se sont accumulées. L’organisation s’est élargie pour compter trente membres.
Une relation compliquée avec la France
Les relations entre la France et l’OTAN n’ont jamais été simples. En 1966, le général de Gaulle s’est retiré du commandement intégré de l’OTAN. Il reprochait aux Américains de ne pas les avoir soutenus lors de la guerre d’Indochine, puis lors de la guerre d’Algérie. A l’inverse, la France a été contrainte de soutenir les initiatives américaines au Viêt Nam ou à Cuba. La menace soviétique s’étant éloignée, la France et l’Allemagne ont manifesté leur envie de s’émanciper de la tutelle militaire américaine dans les années 1990. Les pays européens ont essayé de créer une alliance militaire, sans grand succès.
L’année 2003 marque une rupture, l’intervention militaire en Irak pour déloger Saddam Hussein est loin de faire l’unanimité, notamment au sein de l’OTAN. La France et l’Allemagne sont fermement opposées à déséquilibrer une région à la géopolitique complexe, mais aussi à s’engager dans un combat qui n’est pas le leurs. En 2007, le président Nicolas Sarkozy acte la réintégration de la France au commandement intégré. La décision est effective en 2009 au terme d’une grosse bataille parlementaire .
Les États-Unis, maîtres du jeu ?
Si l’on jette un œil sur les interventions militaires de l’OTAN depuis 1991, il y a eu des interventions, entre autres, en Afghanistan (2003-2021), en Irak (2004-2011), au Darfour (2005-2007), dans la corne de l’Afrique contre la piraterie, en Libye (2011) et en Yougoslavie (1992-2004). Toutes ces opérations pérennisent les intérêts américains. Alors l’OTAN est-elle encore garant de la sécurité mondiale, ou un moyen pour les Américains de faire valoir leurs intérêts personnels ?
Les Etats-Unis sont aussi, ceux qui injectent le plus d’argent dans l’organisation transatlantique. En effet, d’après le site de l’OTAN, les Américains participent à hauteur de 22 % dans le budget de l’OTAN, loin devant les Français et les Britanniques qui contribuent à 10 %. Donald Trump, dans sa campagne de 2016, a vivement critiqué cette participation financière asymétrique. Il a plusieurs fois menacé de quitter l’organisation. Or, les Américains sont le fer de lance de cette organisation et leur retrait entraînerait, sans aucun doute, la dissolution de celle-ci.
Quel(s) adversaire(s) ?
Il est donc difficile de maintenir une cohésion au sein d’une OTAN dont les membres ne regardent plus du tout dans la même direction. La Turquie est occupée par une guerre en Syrie qui s’enlise depuis 10 ans. L’Union européenne s’inquiète d’une Russie qui prend des initiatives de plus en plus problématiques, en Crimée notamment. Les Etats-Unis ont délaissé l’Atlantique pour le Pacifique pour se concentrer sur leur seul véritable adversaire sur la scène internationale : la Chine. D’ailleurs, l’alliance Aukus a pour but de dissiper les inquiétudes australiennes sur un expansionnisme chinois au sein de l’océan Pacifique et plus précisément sur les nouvelles routes de la Soie, une route commerciale gigantesque, prévue pour 2049.
Aujourd’hui, l’OTAN semble obsolète et vieillissante. Pourtant, elle demeure présente, faute de pouvoir trouver mieux. L’Union européenne semble incapable de mettre en place un système de défense régional efficace à cause des frilosités budgétaires et d’un manque de coordination entre les pays membres. L’OTAN reste aussi une garantie pour les anciens pays soviétiques de ne pas retomber dans une allégeance à la Russie. Quelle sera son utilité dans les guerres à venir ? Les formats de conflits sont en train de muter, et l’OTAN doit s’y préparer pour rester viable.
Sources :
- Boniface, Pascal, comprendre le monde 5e édition, Armand Colin, pp 116-121.
- https://www.franceinter.fr/emissions/le-monde-d-apres/le-monde-d-apres-14-juin-2021
- https://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_52060.htm
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Force_de_maintien_de_la_paix_des_Nations_unies
- https://theconversation.com/lotan-survivra-t-elle-a-donald-trump-128069
- https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/16/l-australie-rompt-le-contrat-du-siecle-avec-la-france-sur-les-sous-marins-au-profit-de-technologies-americaines-et-britanniques_6094854_3210.html
- https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/comment-la-chine-tisse-sa-toile-dans-le-pacifique-sud-1131061.html