Si la fin de la guerre froide a marqué l’arrêt de la course spatiale, depuis une décennie, les nations font preuve d’un regain d’intérêt. De nouvelles tendances apparaissent : l’entrée de pays dans la course, l’émergence d’une industrie privée dédiée au développement d’un accès à bas-coûts et public à l’espace, également appelé NewSpace, et le besoin grandissant de réguler face à différentes menaces concrètes…

Une nouvelle course est-elle en marche ?
Est-ce le moment de contrôler notre présence spatiale ?

Aux États-Unis, une industrie spatiale émerge

Depuis 2019, Space X, la société du milliardaire Elon Musk, assure le transport des astronautes vers la station spatiale internationale (ISS) pour la NASA, grâce à son vaisseau Crew Dragon. La firme est devenue le premier acteur privé de l’histoire capable d’emporter des astronautes dans l’espace. Plus généralement, l’entreprise d’Elon Musk est devenue incontournable en créant des lanceurs réutilisables, réduisant considérablement les coûts de mise en orbite d’une fusée. Space X a ainsi ouvert la voie vers la privatisation de l’espace.

Jeff Bezos entend, lui, ouvrir la voie à de futurs vols habités et à un tourisme lucratif. L’ancien patron d’Amazon, qui s’est rendu dans l’espace en juillet au sein d’une capsule de sa société Blue Origin, se positionne en concurrence directe avec le 3e grand acteur privé du voyage spatial, Virgin Galactic, à quelques exceptions près. En réalité, Virgin Galactic est la seule des 3 entreprises à réaliser des vols suborbitaux, c’est-à-dire en dessous de la ligne de Karman, largement considérée comme la frontière entre l’atmosphère et l’espace.

Que faire de tout cet espace ?


Déjà, il y a Starlink. Ce projet d’Internet par satellite de SpaceX, déjà bien opérationnel, propose d’améliorer la connectivité, ce qui donne un premier exemple d’usage utile et contemporain de l’espace comme support. Starlink fonctionne via une constellation de satellites en orbite basse, idéale pour les communautés rurales et éloignées et les zones à faible connectivité, comme l’indique le site du constructeur. Elon Musk a évoqué plus d’un demi-million de clients planétaires pour Starlink, d’ici à 2022.

Puis, le tourisme spatial devrait représenter 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2030. Cette activité tend-elle vers une démocratisation de masse, à l’instar de l’aviation, ou au contraire, restera-t-elle réservée à une clientèle prête à débourser des millions de dollars pour passer quelques minutes en apesanteur ? Olivier Sanguy de la Cité de l’Espace de Toulouse, compare cela à l’irruption des CD-ROM, initialement inabordable économiquement pour le grand public, mais qui s’est largement répandue depuis, comme toute nouvelle technologie. “Difficile d’établir une échéance pour un tourisme de masse spatiale” affirme le médiateur sur le plateau de 28 minutes. Finalement, le risque encourue lors d’un vol spatial pourrait en décourager plus d’un à tenter l’expérience.

Parallèlement, d’autres projets de stations spatiales pourraient supplanter l’ISS. Alors qu’un arrêt de l’ISS “devrait avoir lieu entre 2024 et (…) 2028” précise Presse Citron, cette dernière a récemment vu s’installer un nouveau voisin chinois. En effet, l’empire du milieu a entamé la construction de sa station spatiale en avril 2021, avec le lancement du premier des quatre modules de sa nouvelle station spatiale.

Quelques mois plus tard, le 25 octobre dernier, Jeff Bezos a présenté Orbital Reef, son tout nouveau projet de station spatiale commerciale. Orbital Reef sera destiné à accueillir des touristes fortunés et sera modulable et ouvert aux sciences. Des astronautes venus de « nations sans programme spatial » pourraient mener à bien des expériences scientifiques en orbite.

En terme d’exploration, on trouve le programme Artemis, fruit de la collaboration entre la NASA et Space X, qui a pour objectif de lancer une mission habitée sur la lune d’ici à 2025. Et impossible de parler de conquête sans évoquer le cas notre plus proche voisine, Mars. En février 2021, 3 sondes de pays différents – la Chine, les Émirats Arabes Unis et les États-Unis – sont toutes arrivées dans l’orbite de Mars dans un intervalle réduit de 10 jours. Si les Émirats Arabes Unis n’ont pas véritablement de passif dans l’exploration spatiale, les Chinois en revanche n’en sont pas à leur coup d’essai. La CNSA, l’agence spatiale chinoise bénéficie d’un budget colossal de 11 000 millions de dollars (le second plus gros budget derrière la NASA), et le succès des missions lunaires Chang’e a su conforter leur statut de nouvelle puissance spatiale.

Mais alors, à quand un homme sur Mars ? Tandis que la NASA recrute des volontaires pour lancer trois missions de simulation pour préparer des expéditions sur Mars, SpaceX est encore plus ambitieux et envisage d’y envoyer une mission habitée dès 2024. De leur côté, les Émirats Arabes Unis affichent – une nouvelle fois – de grandes ambitions avec Mars 2117, qui promet la création d’une ville habitable sur mars d’ici à 100 ans. Quant à la Chine, qui aspire à envoyer un équipage sur la lune dans les années 2030, elle considère Mars, néanmoins sans donner d’échéance.

L’optimisme de ces projets ne saurait convaincre l’astrophysicien Sylvestre Maurice qui pense que l’homme ne pourra jamais s’établir durablement sur la planète rouge. Le français avance à France Inter que l’environnement y serait trop hostile et affirme “Toutes nos explorations, nos idéaux nous rapportent naturellement à la Terre qu’il faut préserver”. Affaire à suivre.

Vers un nouveau traité de l’espace ?

Avec la militarisation croissante de l’espace – la France elle-même a fondé en 2019 une branche de l’armée appelée “commandement de l’espace” -, il serait ainsi essentiel pour les pays de prendre conscience que tous les appareils placés en orbite sont interdépendants. Pour faire clair, les débris créés par un pays peuvent mettre en péril les appareils de ce même pays.

À titre d’exemple, la Russie a créé des milliers de débris métalliques circulant à grande vitesse en orbite, en abattant un de ses satellites avec un missile. Si des initiatives de surveillance telles que l’European Union Space Surveillance and Tracking (EUSST) peuvent signaler un risque de collision avec des satellites, en revanche il n’existe pas véritablement de texte ou d’entité indépendante qui puisse sanctionner la Russie pour la dangerosité de cet acte. Le mécontentement qui a suivi du côté de l’OTAN et de ses pays membres (France, États-Unis) illustre que la rivalité entre puissances risque de se transposer à ce nouveau “terrain”.

Les attaques informatiques de satellites font parties de ces autres menaces passés sous les radars de nos prédictions. William Akoto, chercheur en cyberconflits, estime que le manque de régulations commerciales et de cybersécurité autour des satellites est une porte ouverte à des piratages sur fond d’espionnage entre pays. On en vit les balbutiements : en 2018, des pirates chinois avaient infecté des ordinateurs situés aux Etats-Unis qui contrôlaient les satellites, de sorte qu’ils puissent modifier la position des appareils en orbite et perturber le trafic de données. Des actions similaires auraient été perpétrés par des groupes iraniens en 2019.

Ajouté à cela, la présence d’armes de tout type dans l’espace, la création et prolifération de débris spatiaux, l’extraction de minerais/matériaux de corps célestes… ce sont autant de sujets qui méritent d’être mis sur la table entre les pays ayant des programmes spatiaux pour harmoniser ces activités d’avenir.

Le seul texte faisant foi dans l’espace est l’Outer Space Treaty de 1967 qui engageait uniquement les parties signataires sur la non-prolifération d’armes nucléaires et de destructions massives, largement daté. Pierre Omaly du CNES indiquait à Ouest France “qu’il n’existe pas de « gendarme » du spatial qui puisse contraindre un État à respecter les règles, sinon lui-même”.

SOURCES :


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