Le groupe Wagner est aujourd’hui accusé d’être un instrument politique au service du Kremlin. Il est aujourd’hui au cœur de l’actualité pour sa participation au conflit en Ukraine, notamment lors du massacre à Boutcha. Cette société privée emploie des mercenaires qui agissent contre un salaire, dans plusieurs zones de la planète. Elle a été fondée en 2014 par Dmitri Outkin, un ancien officier du service de renseignements militaires russe. Il a travaillé pour le Corps slave ou encore Spetsnaz, des groupes d’intervention armés accusés d’idéologie néo-nazie. Depuis plusieurs années, Wagner est financé et dirigé par Evgueni Prigojine, un oligarque russe, ancien gangster qui a fait fortune dans la restauration de luxe. Le chiffre d’affaires annuel du groupe est estimé à 30 millions de dollars américains.

En ce qui concerne les effectifs du groupe, les chiffres restent encore flous. En fonction des médias, on estime entre 1.600 et 10.000 soldats au sein du groupe. Les nationalités de ces soldats sont diversifiées. Les premiers mercenaires sont des vétérans russes ayant combattu en Afghanistan et en Tchétchénie. Ces soldats sont généralement envoyés en zone de guerre après une formation d’un mois seulement. On dénombre aussi des militants du Parti national bolchévique, un mélange entre l’ultranationalisme russe et le socialisme révolutionnaire. 

En effet, le groupe Wagner est critiqué pour les idéologies néo-nazies promulguées par certains de ses membres. Une photo, diffusée en 2020, montre Outkine, le fondateur du groupe avec des tatouages nazis. D’après la journaliste franco-russe Ksenia Bolchakova, spécialiste de la Russie : « A l’image de leur chef Outkine, lui fasciné par le nazisme, 30 à 40 % des effectifs prônent un retour à la culture slave, pour la pureté de la race russe, et se réclament des rodnoviers, un mouvement néo-paien. » C’est un mouvement slave visant à rétablir les anciennes croyances polythéistes de ces régions, souvent rattaché à des mouvements néo-nazis.

Depuis sa création en 2014, le groupe est au cœur de divers théâtres d’opérations. Ils ont d’abord été aperçus en Ukraine pendant la guerre de Crimée et celle du Donbass en 2014, puis durant la guerre civile en Syrie et au Venezuela. L’Afrique est aujourd’hui devenue leur nouveau terrain d’action. Ils sont présents dans de nombreux pays comme le Soudan, la Libye, la Centrafrique, le Mozambique, Madagascar ou plus récemment le Mali.

Alors que c’est lors de la guerre du Donbass débutée en 2014 que l’on a commencé à entendre parler du groupe, il est aujourd’hui encore impliqué sur le territoire ukrainien, confortant l’idée que le groupe agit sous les ordres du Kremlin.  C’est ce qu’affirme le ministère de la Défense britannique en affirmant le 28 mars que le groupe allaient déployer environ 1000 de ces mercenaires en Ukraine. Fin février, le Times avait révélé que 400 membres auraient été envoyés afin d’assassiner Volodomyr Zelensky. 

Un groupe réellement indépendant ? 

Les liens entre le gouvernement russe et Wagner sont étroits. Son dirigeant actuel, Prigojine, est proche du gouvernement russe depuis de nombreuses années grâce à de grands contrats dans la restauration. Il est à la tête de la restauration de tous les écoliers de Moscou et de l’armée russe. Il est également soupçonné d’avoir fondé Internet Research Agency, une usine à trolls qui a joué un rôle crucial lors de l’élection présidentielle américaine en 2016. De plus, il dirige un empire médiatique en Afrique qui veut décrédibiliser les interventions occidentales sur le continent.

Aujourd’hui, le groupe Wagner est donc accusé de troubler l’organisation politique mondiale en agissant dans l’ombre du Kremlin. Cela permet au gouvernement de ne pas être rapproché des actions du groupe. L’existence de ce groupe n’a pas été officiellement reconnue par le Kremlin, les sociétés militaires privées étant interdites en Russie. Des ONG, telles que le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression, la Fédération internationale pour les droits humains et l’association Memorial, accusent même le fait que la société soit sous le contrôle du ministère russe de la Défense, car le ministère signe des contrats avec des entreprises de Prigojine. Ces contrats financent le groupe à travers diverses entreprises, notamment Evro Polis, une entreprise dirigée par Prigojine sous contrat avec le régime de Bachar el-Assad. D’après The Daily Beast, un site web américain d’information, Evro Polis serait effectivement le front commercial du groupe Wagner.

De nouvelles ambitions en Afrique

Après avoir suivi l’armée russe dans les guerres de Crimée et du Donbass, le groupe Wagner poursuit son activité au sein du continent africain. En décembre 2021, l’Union européenne a accusé le groupe « d’alimenter la violence, de piller les ressources naturelles et d’intimider les civils en violation du droit international » dans différents pays, essentiellement sur le continent africain : Libye, Syrie, Ukraine et République centrafricaine.

La présence du groupe sur le continent n’a aucun cadre juridique et suscite de multiples interrogations, surtout sur leur rôle. Des études s’accordent à dire que cette présence vise à améliorer la perception et l’influence de la Russie en Afrique. En leur offrant une coopération économique et en contribuant à la sécurité intérieure et extérieure, cela permet de renforcer la position des troupes Wagner dans un continent qui est de nouveau considéré comme un acteur de premier plan. Le gouvernement russe vise à présenter une alternative à la diplomatie occidentale perçue comme intrusive sur les questions de droits humains, et à la diplomatie chinoise. Ces interventions sont le fruit d’une perte de réputation de l’occident et de son inefficacité militaire. Le parfait exemple est le cas du Mali où les mercenaires se sont installés après le départ des troupes françaises et européennes. D’autres observateurs voient la milice privée russe intervenir prochainement au Cameroun, qui a conclu un accord militaire avec la Russie le 20 avril dernier.

De manière générale, la multiplication des actions du groupe en Afrique est un objectif primordial pour Prigojine, qui est devenu le pivot de l’action russe sur le continent. Ils visent à signer des contrats militaires ou liés à la sécurité. Ces rares apparitions publiques sont en lien avec l’Afrique, comme lorsqu’il a accueilli le maréchal lybien Khalifa Haftar, en rébellion contre le pouvoir de Tripoli.

Le groupe serait aujourd’hui accusé d’avoir voulu intervenir dans une série d’élections africaines. Ils auraient envoyé des consultants politiques pour influencer l’opinion publique au Soudan ou encore en prenant le contrôle de sites internet et de journaux.

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