UN ÉTAT DE DROIT ?

La République de Biélorussie est un pays d’Europe orientale. Bien que la principauté de Polotsk médiévale puisse être considérée comme la première forme d’état biélorusse, par la suite, le pays a toujours été incorporé à de grandes puissances telles que le Grand-duché de Lituanie, l’empire russe ou enfin l’Union soviétique. Depuis la chute de celle-ci en 1991, la Biélorussie est indépendante et sa souveraineté est reconnue mondialement.

L’élection présidentielle tenue le 9 août 2020 permettant la réélection pour un sixième mandat du président Alexandre Loukachenko, a été la source d’une forte contestation réprimée par le régime. Cette élection attire l’attention des médias internationaux sur la situation de ce pays la porte de l’Union Européenne. Si la crise sanitaire semble mettre au second plan cette actualité virulente, les politiques européennes la gardent au cœur de leurs préoccupations.

Dans quelle mesure, et alors que la Biélorussie n’est même pas candidate à l’Union Européenne, les constations dans le pays affectent, et attirent de très près l’attention des dirigeants étrangers ?

UNE DICTATURE DÉGUISÉE ?

La Biélorussie est en principe une République présidentielle, c’est-à-dire que le président est le chef de l’État, et le premier ministre est le chef du
gouvernement. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement, et le pouvoir législatif par le Parlement.

Dans la pratique, la République Biélorusse a une dérive autoritaire, avec la mise en place connu d’un pouvoir despotique. En effet, elle est considérée comme la dernière dictature d ‘Europe. Son président est la tête de l’ État depuis 1994.

Il est le seul pays européen ne pas avoir signé la Convention européenne des droits de l’homme. Il pratique encore la peine de mort. Entre deux et neuf personnes sont exécutées chaque année. Le régime fait usage de la prison
pour réprimer les opposants politiques, les journalistes et les militants des droits humains.

LE DÉBUT DE LA FIN LOUKACHENKO ?

Après vingt-six ans à la tête de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko a été réélu président au cours d’un scrutin frauduleux le 9 août, avec 80,23 % des voix face Svetlana Tsikhanovskaïa, qui n’aurait remporté que 9,9 % des suffrages.

Avant même la publication des résultats officiels, les Biélorusses sont descendus dans la rue pour protester contre un dirigeant autocrate, réclamant démocratie et justice. Des dizaines de milliers de manifestants ont investi Minsk, la capitale du pays, mais aussi plusieurs villes de province.

Beaucoup de pays tells que les autorités lituaniennes, montrent leur soutien aux contestataires qui s’insurgent contre la fraude électorale.

Au même titre, la Communauté européenne ne reconnaît pas les résultats de l’élection présidentielle.

UN ÉTAT RELLEMENT INDÉPENDANT ?

Depuis la chute de l’URSS, la Biélorussie est une république indépendante.Toutefois, le pays semble être comme figé dans un temps stalinien. L’influence de la Russie est quasi-systématique :

  • Le droit : la Russie peut se prévaloir d’accords internationaux qui l’autorisent à se mêler de la situation dans le pays. En effet, les deux pays ont signé en 1999 un accord de sécurité et de défense.
  • L’économie : la Russie subventionne fortement l’économie biélorusse, jusqu’à 15 % du PIB. 10 traités de libre-échange tient les deux pays.
  • La culture : la Biélorussie ayant été souvent sous domination russe, aujourd’hui sa culture en est fortement influencée. Par exemple, même si la langue nationale du pays est le biélorusse, le russe est la langue maternelle de 42 % de la population du pays.

L’intervention de la Russie dans la zone s’explique tout simplement par une peur de contagion du mouvement démocratique sur sont territoire. Plus encore, Poutine voudrait rattacher Minsk à la Russie, mais pas dans l’immédiat, étant donné la crise qui y règne. Mais il est pour lui hors de question d’y laisser gagner une « révolution de couleur », comme ce fut le cas en Ukraine.

LA CONSCIENCE EUROPÉENNE !

Les premières sanctions de l’UE contre la Biélorussie remontent à 2004. Elles ont été renforcées en 2011 : une décision que l’Union avait justifiée par des violations des droits humains et des règles démocratiques, parmi lesquelles la fraude électorale. Toutefois, une part importante de ces sanctions ont été levées en 2016. Restent en vigueur, entre autres, un embargo sur les armes et des sanctions visant quatre personnes liées à la disparition de deux responsables d’opposition, d’un homme d’affaires et d’un journaliste.

Le 1er octobre 2020, le Conseil européen, a condamné à nouveau la violence inacceptable dont font usage les autorités biélorusses, à l’encontre de manifestants pacifiques, ainsi que les actes d’intimidation, les arrestations et détentions arbitraires à la suite de l’élection présidentielle.

LA PREUVE D’UNE EUROPE FRAGILE

Si l’Union Européenne prend des mesures aujourd’hui contre la Biélorussie, cela reste superficiel. Deux de ses faiblesses sont alors mises en avant : d’une part la peur de détériorer les relations avec la Russie, et d’autre part il y a le problème de l’unanimité, qui reste un frein de l’Union Européenne.

  • L’Union souhaite éviter une répétition du conflit ukrainien, où l’intervention directe des forces russes a entravé les progrès du pays depuis 2014 et paralyse les relations entre l’Europe et Moscou. Tant Emmanuel Macron que le chef de la diplomatie européenne. Josep Borrell, l’ont clairement dit ces derniers jours : pour eux, la Biélorussie ne doit pas être une seconde Ukraine.
  • Les décisions importantes sont prises à l’unanimité au sein de l’Union européenne, c’est-à-dire qu’un accord de l’ensemble des pays membres est exigé pour mettre en place toute sanction. Chypre met son veto à toute mesure concernant la Biélorussie tant que la Turquie n’est pas contrainte par des sanctions à cesser ses explorations gazières dans les eaux de sa zone économique, ce qui bloque toute intervention dans la région.

UN DESTIN PARTAGE AVEC L’UKRAINE ?

Que s’est-il passé en Ukraine pour que la Biélorussie soit en permanence comparée à elle ?

En réalité, la situation entre ces deux pays est très différente dans la mesure où la crise ukrainienne se résume par une division entre la population, d’un côté pro-Europe et de l’autre prorusse. Le conflit débute le 21 novembre 2013 à la suite de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas signer l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne. Très vite, le conflit a pris une tournure internationale dans la mesure ou la Russie est intervenue.

Par l’emplacement géographie et l’emprise de la Russie sur les deux pays, un rapprochement peut être fait. Toutefois, dans le fond, les revendications qui ressortent du conflit ukrainien n’ont rien à avoir avec celui de la Biélorussie.

QUELLES SOLUTIONS AUJOURD’HUI ?

Les manifestants biélorusses ne demandent pas à rejoindre l’Union Européenne, contrairement à l’Ukraine, ou se gardent de tout slogan hostile à la Russie. Leurs revendications sont claires et circonscrites : libération des prisonniers politiques, démission du président Loukachenco et organisation de nouvelles élections.

Face au refus de M.Loukachenko de leur parler, le président du Conseil européen, Charles Michel,, la chancelière allemande, Angela Merkel, et M.Macron ont engagé un dialogue avec le président russe, Vladimir Poutine, pour trouver une issue à la crise, éventuellement par le biais d’une média de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui regroupe l’UE, la Russie et la Biélorussie…

Confrontée à une nouvelle crise sur ses frontières, l’UE doit rester ferme sur l’exigence du départ de Loukachenko et soutenir les aspirations démocratiques des Biélorusses, tout en évitant de tomber dans les pièges qui lui sont tendus : l’intervention directe, le conflit sans fin ou un compromis permettant en réalité à Moscou de raffermir son emprise sur la Biélorussie.

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