C’EST QUOI ?
Le Sahara Occidental est un territoire situé à l’Ouest de l’Afrique entre l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie. Grand comme le Royaume-Uni, avec une population majoritairement berbère qui dépasse à peine les 600 000 habitants, il est le fruit de conflits territoriaux entre d’un côté le Maroc et de l’autre la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Ancienne colonie espagnole de 1884 à 1976, la zone bénéficie depuis d’une position administrative assez trouble ce qui crée de nombreuses tensions.
DECRYPTAGE D’UN DES DERNIERS CONFLITS ISSUS DE LA COLONISATION
UN STATUT PARTICULIER
Le Sahara Occidental possède une position spéciale au sein de la communauté internationale puisqu’elle est considérée comme « territoire non autonome » depuis 1963 par Organisation des nations unies (ONU). Ce statut est donné à des espaces qui ne sont pas entièrement décolonisés, qui ne sont pas encore capables de s’administrer. En 2021, les territoires non autonomes sont très rares et tous sous la tutelle d’autres pays reconnus par l’ONU. Le Sahara Occidental demeure une spécificité car il est la seule zone contestée au monde dont l’ONU ne reconnait officiellement aucune autorité. Dans les faits, le territoire bénéficie de plusieurs administrations. La zone est contrôlée pour 80% par le Maroc et 20% par la RASD. Les deux zones d’occupation sont séparées par un mur de sable érigé par le Maroc entre 1980 et 1987.
UNE RÉGION CHÈRE AU MAROC
Le Sahara Occidental est une zone importante pour le Maroc à différentes échelles. Le Royaume a la main mise sur la zone ouest qui donne sur plus de 1100 km de côte Atlantique riche en poissons. La pêche représente une part non négligeable de son économie, environ 78% des prises proviennent de la seule région du Sahara Occidental. L’autre raison est plus symbolique, le Maroc possède des liens historiques avec le Sahara Occidental depuis le 11e siècle. La cour internationale de justice reconnaît en 1975 à la demande du Maroc qu’il existe des « liens juridiques d’allégeance » entre le Maroc, la Mauritanie et le Sahara Occidental, mais elle ajoute aussi que ces liens ne sont pas de nature à empêcher un référendum d’autodétermination.
LE FRONT POLISARIO
La monopolisation de la région par le royaume chérifien entraîne des résistances armées notamment par le Front Polisario. Fondé à l’origine en 1973 pour chasser l’occupant Espagnol, il est depuis 1975 le mouvement de résistance contre la décision d’annexion de la zone par le Maroc. Ce mouvement possède un gouvernement basé à Tindouf en Algérie et a déjà été en conflit ouvert avec le Maroc, mais depuis 1991, un cessez-le-feu a été proclamé. L’ONU reconnaît le Polisario comme représentant du Sahara Occidental en 1979. La principale revendication du Front Polisario est une volonté de pouvoir disposer d’elle-même pour qu’ils puissent choisir leur destin grâce à un référendum d’autodétermination. Le Polisario possède aujourd’hui la zone Est du Sahara Occidental très désertique.
LE RÔLE DE L’ALGÉRIE
L’Algérie est le principal allié du Front Polisario dans la région. Il soutient activement les ambitions indépendantistes du RASD pour différentes raisons. D’abord, l’Algérie en tant qu’ancienne colonie Française a toujours défendu les peuples colonisés pour qu’ils puissent disposer d’eux-mêmes. De plus, c’est une occasion d’affaiblir son voisin Marocain car la zone de Sahara Occidental représente une part non négligeable de l’économie Marocaine que ce soit pour les hydrocarbures ou bien la pêche. L’Algérie souhaiterait par la même occasion posséder un accès à la façade Atlantique par le biais du Sahara Occidental, L’aide Algérienne se traduit concrètement par l’accueil de réfugiés politiques sahraouis ou bien des aides financières ou logistiques au Polisario.
TRUMP S’EN MÊLE
Le président Américain sortant Donald Trump a pris en main la question du Sahara Occidental en décembre 2020. En échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, Trump a promis au roi Marocain Mohammed VI la souveraineté du Sahara Occidental avec l’ouverture d’un consulat dans la ville de Dakhla et des investissements pour le développement de la région. Cette décision a été prise de manière totalement unilatérale et à contre-courant total de la volonté de l’ONU qui réclame la tenue d’un référendum d’autodétermination depuis des années. Celle-ci a suscité de vives réactions et des désaccords chez les indépendantistes d’une part mais aussi en Algérie. La nouvelle a monté les tensions d’un cran dans la région et n’a fait que raviver une situation déjà compliquée.
UNE SITUATION ENLISÉE
Le statu quo dure depuis des années. Les positions des deux camps ne bougent pas. Depuis le cessez-le-feu de 1991, rien n’a changé malgré des recommandations incessantes de l’ONU. On constate un silence international pour la question sahraouie notamment du côté de l’Union Européenne qui possède de nombreux accords commerciaux avec le Maroc. Le Front Polisario est lassé de tergiversations qui durent maintenant depuis près de trente ans. Des négociations avaient pourtant commencé entre le Maroc et le Polisario avec l’Algérie et la Mauritanie en observateurs mais ont été interrompues en 2019. Le Sahara Occidental est aussi un frein au projet de création d’une union maghrébine économique et diplomatique car les tensions entre Algérie et Maroc restent vives (fermetures des frontières…).
ET APRÈS ?
L’initiative de l’ex-président Donald Trump a envenimé une situation déjà très tendue dans la région. Avant cette déclaration, une escarmouche avait déjà eu lieu le 13 novembre 2020 au sud du pays entre des soldats Marocains et des militants sahraouis qui bloquaient le principal axe routier de la région, les soldats y sont restés déployés pour le protéger. Le 23 janvier 2021, l’avant-poste de Gueguerrat, zone tampon sous autorité Marocaine dans le sud du pays a été bombardée par le Polisario, échaudant un peu plus les esprits. Le statut quo qui dure depuis 30 ans ne peut que difficilement continuer, l’accalmie est de rigueur afin d’amorcer une désescalade entre les deux partis.
Tant que le référendum sera refusé par le Maroc, il sera difficile d’obtenir une situation stable dans la région.