Dans ce discours plein de contradictions le Président confond les notions de Mémoire et d’Histoire. Pourtant, la différence entre les deux est cruciale, et permet de comprendre les enjeux du passé en politique. Retour sur une confusion historique.

HISTOIRE [nom : féminin]

Du grec historia, signifie littéralement “enquête”. C’est la connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines : science qui étudie ce passé et cherche à le reconstituer.

MÉMOIRE [nom ; féminin]

Du latin mémoria, c’est l’ensemble des faits passés qui restent dans le souvenir des hommes, d’un groupe. Elle se traduit notamment par ce qui est mis en valeur dans l’espace public.

Dans son discours, le président affirme ne pas vouloir “revisiter l’Histoire”. Or, l’Histoire en tant que science est par définition faite pour être sans cesse questionnée et revisitée : c’est le travail des historiens.

L’enquête historique est ainsi continue, elle n’est pas figée et peut changer si les sources permettent de contredire ce que l’on pensait véridique. En réalité, c’est bien la Mémoire qu’il ne veut pas revisiter.

POURQUOI C’EST UN PROBLÈME ?

En parlant d’Histoire plutôt que de Mémoire, le président exclut la population du débat. De cette façon, il affirme que les questions de représentation dans l’espace public sont pas de leur ressort. Pourtant, le peuple est par définition acteur de sa mémoire collective.

De plus, il y a un terrain sur lequel la Mémoire est souvent réhabilitée, et c’est dans le cadre politique. À titre d’exemple, ce 18 juin, Emmanuel Macron s’est rendu à Londres pour commémorer les 80 ans de l’appel du général De Gaulle.

À cette occasion, beaucoup de candidats à la présidentielle de 2022 revendiquent l’héritage idéologique du général. La notion de “Gaullisme” est ici un exemple d’un passé revisité à des fins électorales.

Ainsi, la Mémoire peut être un outil politique. On peut donc se demander si elle doit être politique pour être légitime ? Ou peut-elle être réhabilitée par et pour le peuple ?

L’important est peut-être d’ouvrir le débat :

Emmanuel Macron devrait-il se constituer un comité scientifique historique ? Faut-il réhabiliter la Mémoire ? Doit-on expliquer, conserver ou retirer les représentations jugées racistes de l’espace public ? La Mémoire est-elle uniquement politique ?

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